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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 12:13

 

Avant propos

La question n’a jamais trouvé sa réponse finale, définitive. On ne sait toujours pas d’où viennent les choses (et assimilés – c’est-à-dire, tout ce qui présente la qualité de pouvoir venir). Avant d’être ----------- qu’est-ce que c’est ?

Bien évidemment, ce sont des questions trop lourdes pour un « support » comme ci-dessous. Mais ce n’est pas ça qui va les empêcher d’arriver, n’est-ce pas ? Ce n’est pas ça qui va écraser ce qui suit.

 

D’où vient tout ça ?

                                                                                                                                                                                                                                        Isabelle laissait flotter son regard par-dessus les têtes des petits. Les enfants dessinaient. Sans explication possible.

 

 

Comment se faisait-il qu’ils dessinent, les bonshommes ? La question, venue de nulle part, trouva et traversa l’esprit et – comment dire – la chair d’Isabelle. Son être. Immatériellement et terriblement réelle, concrète. Inquiétante. Agréable : rumeur d’une vie nouvelle.

 

 

 

Ou encore : comment se faisait-il qu’ils chantaient, les braves hommes ?

 

 

 

 

 

 

 

Et quoi dire de la danse ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la salle de classe, les petits bruits des enfants semblaient émerger ----------- venir  ----------- d’un univers inconnu mais pas étranger ; des murmures, des chuchotements apaisants.

Isabelle, petite, mince, brune, tourna son regard vers la porte fenêtrée. De l’autre côté du couloir, à travers les carreaux d’une porte similaire, elle aperçut de nouveau la tête léonine et les épaules éléphantines de Vincent.

            - Trop normal, il ne l’était pas, celui-ci... Ce Vincent-ci...

            Ça, du moins, c’était sûr ! Sinon, quel mec, quel vrai mec se serait employé pour devenir ce que celui-ci était devenu, lui, maître d’école ?...

 

 

Les jeunes mâles n’ont rien à foutre des gosses. Quand ils en ont – des enfants, c’est-à-dire –, ils cessent d’être jeunes, ils ne le sont plus. Ou ils les abandonnent. Les mecs – les enfants, c’est à dire. Mais, jusque là, ils ont d’autres soucis.

- Se bagarrer. Baiser. Fumer. Dealer. Cracher. Frapper. Battre. Se ré-bagarrer. S’en tôler...

Montrer ses dents.

Voilà, pour les jeunes d’Aulnay sous Bois. Sans exception aucune, paraît-il. Les enfants, c’était l’affaire de qui l’on veut, mais pas la leur, à eux. Clair ? Clair ! À eux... Et voilà, Vincent, avec ses grosses épaules et sa tête énorme, faisait exception. Il était un peu, un peu beaucoup, ou carrément beaucoup – débile.

 

 

 

Bon, il n’était pas d’Aulnay sous Bois – O.K.! –, mais de Clichy sous Bois. Et encore ! Car tout le monde n’était que très peu de là-bas. Et Clichy, et Aulnay c’était que des localités qui n’existaient que par leurs cités bourrées d’immigrés majoritaires. Or eux, Isabelle et Vincent, n’étaient pas des immigrés. Et encore moins des pauv’ immigrés.

- Ils étaient nés ici.

Mais ils étaient des immigrés, pourtant : dans les cités d’immigrés. Dans les cités des immigrés. Clichy et Aulnay ; les deux, des  « sous Bois »...

 

 

Dieu sait quelle sorte d’oiseau était encore ce Vincent ! se dit Isabelle en tournant son regard vers les fenêtres répondant sur la cour. Le soleil brillait de mille feux. Le magnolia commençait à perdre ses pétales blancs.

            - Bientôt onze heures. Bientôt, la récré.

            Dieu seul sait, se dit encore Isabelle, s’il souhaitait vraiment s’occuper des enfants, s’il n’est pas – en l’occurrence – pédophile, homosexuel, impuissant..., s’il n’est pas extraterrestre encore...

Isabelle tourna de nouveau les yeux vers la salle de l’autre côté du couloir. Elle rencontra le regard du jeune homme. Il souriait. Il y avait de l’amour dans ce regard qui jaillissait par les fenêtres de cette tête léonine-là plantée sur ces épaules éléphantines..., de cet être extraterrestre.

La sonnerie retentit brusquement. Suivirent le charivari et les boucans habituels des enfants qui, malgré, ou, plutôt, avec toute leur attitude silencieuse de tout à l’heure, n’attendaient que sortir, crier, courir, se pourchasser, rire... Bon, bon, on ne savait pas d’où venait le dessin ; ni la musique, d’ailleurs, ou la danse..., mais la gaieté non plus ! D’où venait-elle, cette gaîté ?

Mais les enfants, eux-mêmes, d’où ventaient-ils ?

Isabelle se sentit trahie. Ils étaient tous joyeux, bruyants, insouciants ou, pire !, sans souci !... C’était qui, eux, les gamins, quelle obscurité ----------- absurdité ----------- quittaient-ils, quelles ombres -----------  non sens ----------- laissaient-ils derrière eux, vers quoi se dressaient-ils pour qu’ils soient ainsi..., tel qu’ils étaient ? !

Isabelle se dirigea vers la porte restée ouverte. Il faisait beau, finalement, dehors. Pourquoi rester dans la salle ? Le soleil brillait ! L’air était transparent ! La terre de sous le magnolia d’à côté commençait à se couvrir de pétales blancs...

Vincent sortit en même temps de la salle d’en face. Il souriait. Il y avait beaucoup de douceur dans son regard. Il avait l’air débonnaire, bonasse, Vincent. C’était ça ! Ce n’était qu’un niais, un molasson, un jobard. Rien (et pas plus) que ça. Et ça..., ça sortait d’où ? !

 

 

Isabelle sourit pendant que des larmes commencèrent à couler sur ses joues.

 

 

 

 

 

 

- Ça va ?

Vincent la dévisagea avec intensité. Il se montrait prévenant. Il était alarmé. Il y avait même du « je me fais ----------- tu me crées ----------- des soucis » dans son attitude.

Isabelle fit un signe affirmatif.

 

 

Les coins de ses lèvres se crispèrent un peu.

 

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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 14:30

Avant propos

Comprendre, voila qui est difficile. Toujours dubitative et incertaine, la compréhension crée plus d’incertitude que de certitude. Pourtant, même si elle n’explique rien (aucune explication ne dépasse pas l’état de la description ----------- opinion, leurre, illusion), l’entreprise rend l’atmosphère respirable, la vie vivable. C’est tout. On passe sa vie en comprenant. On se construit en comprenant. Pas autrement. C’est en fonction de quoi et de comment on comprend, qu’on devient ce que et comment on est. Quant à parvenir à être ce que et comment on est (en savoir, en sus) c’est tellement difficile que, en creusant encore un peu, on arrive à saisir que la compréhensions – en fin de comptes – n’a autre chance que de quitter la raison,de la rejeter ----------- l’abandonner. L’inverse n’est pas possible. On ne peut pas se séparer de la – de sa – compréhension, et d’autant moins de la compréhension de soi. Et tant pis pour le quoi et le comment de cette compréhension de soi. Elle existe tant qu’on existe.

Comprendre c’est une affaire strictement personnelle (on comprend le monde en se l’appropriant, en le personnalisant), tandis que raisonner c’est ne plus se comprendre soi même, s’aliéner sa propre personne ----------- le monde. En raisonnant, on se laisse porter par l’impersonnel, par l’incompréhensible. ----------- C’est dire donc que la compréhension et la raison font deux ----------- elles se mettent des bâtons dans le roues l’une l’autre.

Alors, comment s’y retrouver ----------- se débrouiller ?  

 

 

Mission ratée

– elle attendra, elle, la compréhension –

 

En tant qu’étudiante en droit, Elvire doit suivre des stages pratiques. Aujourd’hui, c’est dans la police que cela se passe. Elle accompagne une équipe chargée d’arrêter deux tziganes de Balkans. Ils sont soupçonnés de meurtre. Ils se planquent dans un bidonville sans histoire mais (ou car) débordant de présent et d’éternel, poussé comme une dartre, comme une grande colonie de champignons de la misère…

Les mots manquent à Elvire. Entrée dans le camps avec le deuxième rang de l’équipe, elle a à sa droite un policier blond, garni d’une tête de Russe ou d’Allemand (cette différence n’a jamais été évidente, pour Elvire). La trentaine. Beau, même si un peu trapu et fort. Avec une expression de détermination placide bien figée sur son visage plutôt oblong et rougeâtre. À gauche, une femme, très jeune, une adolescente on dirait, type maghrébin, avec des grosses hanches et des grosses fesses et des beaux yeux d’un noir absolu, disposée à sourire avec une joie infatigable et sans entrave, sereine (et impossible), incompréhensible (– crétine ? –) et, selon le cas, contagieuse ou agaçante. Un peu plus loin devant eux se trouvent les chevronnés de l’équipe et un juge. Le juge n’a pas voulu laisser la télévision les accompagner.

 

 

 

La journaliste, une débutante à peine plus âgée qu’Elvire, a essayé de s’y imposer, mais en vain. Le caméraman, plus âgé (plus sage !), l’a déconseillée d’ailleurs, lui aussi, de trop insister. L’affaire était mal partie. Si la police – ou la justice – ne voulait pas avoir la presse sur ses trousses, pas la peine de faire forcing. Une descente de la police non préparée – que des complications ! – Mieux vaut rester à l’entrée du camp et d’essayer faire son travail autrement. En filmant et en interviewant après – avec l’avantage du positionnement : la police et la justice pouvaient être plus facilement épinglées…

 

 

Elvire est émue. Ce premier clash l’a excitée. Mais elle n’émane pas, ne libère pas, ne rayonne pas son excitation. Elle est comme dans un film où elle joue le rôle de la jeune femme qui veut apprendre. Elle sait – dans le film, mais aussi dans la vie – que c’est dur ce à qu’elle allait se frotter ; c’est dur à apprendre. Elle sait qu’elle devait faire une impression mémorable (inoubliable, c’était trop), si elle voulait continuer à accompagner des pareilles équipes… Sur la police, bien sûr, que sur la justice – l’impression. Elle n’a pas encore décidé quelle direction allait-elle prendre, justice ou police, mais elle veut avoir affaire à des cas compliqués, intelligents et violents. Vivre à quatre cents mille volts. Pas moins. Devenir célèbre ! (Un peu plus tard, mais pas trop tard, certes !) Et pour ça, on doit être dure, acharnée, limpide dans ses raisonnements, et extrêmement sûre dans le choix de ses buts. Elle se retient, donc. Elle se montre très contenue. Avec une volonté (et une patience, une endurance) en fer.

Dans le seconde (et ultime) rang de l’équipe, elle s’avance maintenant vers le cœur du bidonville. Il faut trouver un certain Viorel Pisicã. Ce n’est pas le caïd, mais un des passeurs, paraît-il. C’est lui que l’on doit contacter ou interpeller en premier. Pourquoi ? Ce sont des ordres !

À droite, dans un cube délabré en cartons, bidons et tôles, on aperçoit un des invalides que l’on trouve habituellement dans la rue, aux feux, entre les files des voitures, pour y exhiber son bras tordu, dont la main, inutile, a les doigts raides, dirigé ou disposé anormalement, évoquant quelque chose de très connu : le diadème de la Statue de la Liberté.

Des enfants de toutes âges, sals, débordant d’une vivacité violente et éclatante, traversent en courant-hurlant l’illusion de voie qui sépare les rangés d’huttes, barakas, abris de fortune, caravanes. Une flaque témoigne de la présence de l’eau dans le camp ; le tuyau en plastique jaune, attaché à la « bouche d’eau » ouverte par les pompiers, « par souci d’hygiène », est plié. Ça goutte, seulement.

Plus loin, toujours à droite, des ados mâles s’amusent en troussant les longues jupes tziganes de deux ados femelles qui les provoquent en leur jetant des obscénités accompagnés de rires sans joie humaine, excités…

La musique-bruit d’un accordéon dont le soufflet est rapiécé avec des larges bandes de scotch marron, résonne très fortement, maintenant. C’est à gauche que ça se passe. Entre deux masures, sur un lambeau un peu enherbé, quelques jeunes dansent, avec des mouvements venus d’ailleurs, tantôt élégants, tantôt triviaux, pornographiques… De toute évidence, le camp se contrefout de l’arrivée de la police.

C’est une arrivée, pas une descente !

Sur le seuil de sa hutte, une tzigane grisonnée, même si pas vieille, sale, menue verse de l’eau de vie dans un biberon. À côté d’elle, posé par terre, un nourrisson enveloppé des pieds à la tête en des vêtements-torchons. Elvire voit, comme dans un éclat de clairvoyance, que le bébé est un enfant volé. Nourri à l’alcool, il dorme et laisse sa maîtresse mendier en paix. À peine s’il respire… – …il respire à peine. Il n’a pas besoin de beaucoup d’air. L’atmosphère des tunnels des métros le pénètre par la petite bouche, par les narines délicates ; ses paumons s’en imbibent. Il vivote, en dormant. En contacte directe, même si artificiel, avec ses anges… Ses anges prélétaux.

 

 

Des anges ou des esprits – qui vaquent encore dehors, comme chez tous les jeunes… Le vieux étant celui qui a avalé, digéré, assimilé ses anges – tous ; – et quelques uns de quelques autres !...

 

 

 

 Car il allait mourir, le petit kidnappé en Hongrie, en Moldavie, en Ukraine, en Bosnie, ou qui sait où ailleurs, il allait mourir d’ici peu. Ce n’était pas possible qu’il dorme tout le temps. Supporter l’alcool, non plus, ce n’était pas possible. Certainement. – S’il survivait, il allait certainement être mutilé, comme le mendiant aux doigts-diadème de la Statue de la Liberté.

Un frisson glacial et douloureux traverse le dos d’Elvire. Elle comprend. C’est à dire : elle sent. Tout ça peut être vrai. C’est vrai.

Elle voit, dans le même éclat de clairvoyance impuissante, émerveillée et limpide, aliénante et réconfortante, comme la tzigane grisonnée et menue, qui biberonne à l’eau de vie son outil de travail, le bébé volé, prend la défense de sa propre fille maltraitée par un jeune homme, probablement le mari ou le concubin de celle-ci. Il frappe la jeune femme avec ses poings et, une fois qu’elle tombe à terre, avec ses pieds. Il est ivre et blanc de colère. La vieille qui alcoolise le bébé, huasse le ton et commence à hurler, à beugler. La police intervienne. On menotte l’homme. On menotte aussi la vieille. On prend le bébé alcoolisé. On embarque tout ce beau monde dans la voiture de police qui attend à l’entrée.

…Viorel Pisicã reste introuvable. Personne ne sait où il est, où il peut être. Encore un peu, et on pouvait se demander si vraiment ledit Viorel Pisicã avait une existence réelle.

C’est une mission ratée. De toute évidence. Ratée, et voilà !

…Le soir, dans le lit qu’Elvire partage dans une chambre de bonne avec son copain, Raphaël, l’étudiante ne parle que très peu de ce qu’elle a vu et vécu dans la journée. C’est trop compliqué, et les mots lui manquent. Et de toute façon, c’est une mission ratée. Ce n’est que ça, une mission ratée. Rien de spécial. Rien à comprendre. – … En tout cas, Elvire, elle, ne peut pas comprendre, elle.

 

 

 

Ensuite, il y a de l’animation dans la petite chambre de bonne. On se cajole, on se câline, on fait l’amour. On halète. On soupire. On se découple. On s’apaise. On se calme. On s’endort. – Elle attendra, elle, la compréhension de cette mission ratée.

 

 

 

 

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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 09:38

Avant propos

La différence entre l’intérieur et l’extérieur n’est plus évidente depuis que la personne – interne et/ou externe – fit son apparition dans la région, de l’esprit, voire dans l’esprit même.

La détermination réciproque, l’inter-détermination de l’extérieur et de l’intérieur ne pose pas de problèmes à l’esprit, une fois la personne enracinée dans le monde. L’inter-détermination est acceptée comme un acquis d’avant la Création, qui mérite à peine une attention fugitive, pratique, utilitaire, réflexogène. ----------- Pas très loin, dans l’historie des théories atomique, Heisenberg a établi même un « principe d’indétermination », qui pourrait démolir les modèles de la détermination simple ou réciproque. Ce qui – pourtant, n’est pas du tout sûr, mais qui peut servir comme base de réflexion adjacente dans le domaine…----------- Lorsque le Citoyen Lambda prend connaissance du fait qu’il possède un intérieur et un extérieur afférent (ou vice versa, un extérieur et un intérieur afférent), il est sur le point d’assister ses réflexes correspondantes, de l’intérieur et de l’extérieur, dans leur confrontation et, du coup, il passe dans l’univers des équilibres dynamiques, très-très proche de celui du déséquilibre. Il perd, d’ailleurs, son équilibre de plus en plus souvent, Monsieur Tout-le-Monde. À juste titre ! L’endroit où l’intérieur de chacun s’imbrique avec son extérieur n’est qu’un fil de rasoir morganatique. C’est pareil pour la droite et la gauche ; pour le haut et le bas ; pour les nombres ; pour les parents et les enfants ; pour l’amour et le désamour ; pour l’intime et le public ; pour la vie et la mort. ----------- De quoi devenir fou ! – Ou pas.

Peut-être qu’il s’agit de la quintessence de la normalité ; et de celle de l’anormalité appropriée, correspondante.

De l’intérieur, de l’intime, donc, dans ce qui suit. ----------- De l’intérieur ----------- de l’intime ----------- e tout.

 

        

À l’intérieur

– prose tangente à l’intérieur et à l’extérieur afférent –

 

- Maman dit qu’il faudrait faire quelque chose. Elle est gloutonne. Elle mange comme un trou. Trop. Beaucoup trop.

Mireille se tait. Frédéric, allongé à côté d’elle dans le lit, se frotte légèrement d’abord les yeux, ensuite les joues.

- Ta mère dit beaucoup trop de choses, articule-t-il. Beaucoup trop. Sur tout. – On éteint ?

Le jeune homme se tourne vers sa gauche et cherche l’interrupteur de la veilleuse. La jeune femme suit son exemple et fait la même chose, du côté droit.

Le noir jaillit dans la pièce.

Un temps passe en silence. Ensuite, Frédéric dit :

- Non, vraiment, t’as pas de quoi t’inquiéter. Elle est uniquement trop jeune. Elle a besoin de beaucoup d’énergie, de manger. Beaucoup. Même plus qu’elle ne le fait, peut-être. Elle consomme énormément. Si ce n’est combien elle court et saute. Pour ne pas parler de combien elle crie. Non. Vraiment, non. C’est tout à fait normal.

- Tu crois ? Est-ce bien normal ? T’as vu toi-même tout à l’heure. Elle s’endormait en mangeant sa soupe. Elle dormait pour de bon. Jamais vu ça de ma vie. Elle dormait pour de bon. Mais elle mangeait quand même. Pour de bon. C’est inouï !

- C’est drôle ! Attendrissant et drôle, c’est vrai. Très drôle.

- Est-ce que c’est de toi que ça vienne ? Tu faisais pareil quand tu étais petit ?

- J’pense pas. Personne ne m’a rien dit dans ce sens. Ni mes parents, ni mes frères.

- Tu vois ? Moi non plus. Cela ne vient pas de moi. Moi, j’étais même difficile. Je faisais la petite bouche tout le temps.

- Et alors ?

- Alors, ça ne vient pas de nous, ni de toi, ni de moi. C’est du pantagruélisme !

- Pantagruélisme – toi, alors !…

- Ben oui. Pantagruélisme ! Comment peux tu appeler ça sinon pantagruélisme ? Tu vois bien ! Et quand je voulais lui donner son biberon ? Tu te souviens, hein ! J’devais entrer dans la pièce en cachant la bouteille derrière mon dos. Sinon, elle se mettait à hurler tellement fort qu’elle n’arrivait plus à fermer sa petite bouche et à attraper la tétine.

- C’était très drôle. Terrible. Enfin !

- Voilà. Terrible. Trop, je veux dire. C’est pas que maman dit ce qu’elle dit. C’est qu’elle vit ce qu’elle vit. C’est que je pense qu’elle vit trop à son intérieur. Tu comprends ? Je parle de la petite. Si elle hurle autant à la vue du biberon c’est qu’elle a envie de ce biberon. À l’intérieur d’elle. Dedans. Là-bas. C’est là que cela se passe. Et l’envie, cette envie, son intérieure envie paraît être plus forte que le biberon-même, plus forte que la satisfaction du biberon. Tu comprends ? Ce qu’elle vit à l’intérieur d’elle est plus fort que la vérité extérieure dans laquelle, néanmoins, elle sera obligée de s’inscrire… De… d’y… vivre… C’est ça qui me fait peur. Son intérieur.

Le silence règne prix d’une minute dans la pièce envahie par le noir. Ensuite, un bruit de corps qui se tourne sous les draps.

- Son intérieur… dit la voix de Frédéric.

Le bruit se fait entendre plus fortement, accompagné par un autre, de respiration accélérée et retenue en même temps.

- Son intérieur… répète l’homme. Attends. Et le tien ? Voyons-le. Attends ! Voilà. Voilà. Attends !... C’est où cet intérieur ? Hein ? Alors, ça vient ?

Le rire de Mireille a quelque chose d’une réalité aérienne.

Les respirations s’accélèrent encore plus. Et plus encore.

Suit une espèce de pause qui n’en est pas une.

- Fais-moi un petit garçon, veux tu ? chuchote la voix masculine.

Une nouvelle pause qui n’en est pas une. Ensuite, la voix féminine :

- C’est comme si quelque chose d’effrayant s’est ouvert autour de moi… Autour de nous… Quelque chose d’émerveillant... Nous nous y trouvons : à l’intérieur – …je trouve.

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10 août 2008 7 10 /08 /août /2008 07:38

Avant propos

« Les écrivains sont les consciences de leurs collectivités nationales », disait dans les années 70, comme un écho à Soljenitsyne, un très important écrivain roumain, Marin Preda[1].

L’esprit, affolé par la brutalité avec laquelle se passait sa dépersonnalisation dans l’extension de l’internationalisme prolétaire, se rendait au passé rassurant et reposant, idyllique et inerte, à la prison de l’Être National.

----------- Et Ceausescu fut ! -----------

Elle s’avérait moins dépersonnalisante et plus « naturelle », cette prison, que le futur dénationalisant et désindividualisant imposé par le sovietisme. Aussi, la personne, qui ne se retrouvait plus dans ledit internationalisme, confirmait du coup l’inachèvement du problème national ; ou sa pérennité. ----------- La personne  valait nation. ----------- La personne s’avérait nationalisante, nationaliste, voire Nationale. ----------- Une Nation qu’elle s’appropria ----------- la personne ; qui devint La Personne. ----------- La Personne validait la Nation ----------- l’avalait.

En revendiquant non pas le pouvoir de représentation de la nation métabolisée par la personne, mais le rôle de composante d’une (certaine) conscience sur-personnelle, communautaire, capable de métaboliser la Personne qui métabolisait la Nation, à l’instar d’un Hugo ou d’un Tolstoi-Dostoïevski[2], Preda volait la vedette au politique.

Cependant, à l’Occident, naissait une civilisation individualiste ----------- en décentralisant, déstructurant, décomposant, atomisant l’Être National ----------- se dirigeant vers l’européanisation, vers la mondialisation, vers « la société globale », internetisée, anationale. ----------- Une névrose identitaire s’emparait de tout un chacun, en mettant le feu autant à la santé mentale qu’à son contraire.

----------- Lente explosion ! -----------

Sur le plan littéraire, en dirigeant l’attention vers l’intérieur « inexprimable », vers l’Intimisme du Désespoir, travesti en Lucidité et Objectivisme (déchu depuis, ramené au ----------- féminisme, masculinisme, hétéro- et bi-isme, à d’autres ésotérismes ou écriturismes), cassait tout et proposait des personnages à personnalités de plus en plus vides, des « particules élémentaires » hypertrophiées, des riens (des classes sans aucun élément) interchangeables mystérieusement gonflés, des sans repères cosmiques, des inconsistances universels…

Quel rapport avec ce qui suit ? ----------- Peu importe ! ----------- Allons-y ! -----------Plongeons ! ----------- ----------- -----------Ce n’est que de la littérature !... … …

 

 

D’une inconnue nature         

 

On te dit que tu serais en train de vivre ton histoire de la cinquantaine. On te dit que tu la vis avec beaucoup d’émerveillement. Même si elle ne donne pas vraiment droit à un espoir juvénile (fou, déchaîné, compatible autant avec la grande communion qu’avec la grande haine), elle (te) laisse quand même la porte entrouverte pour la rédemption. Cet amour de la cinquantaine permet, à tort ou à raison, de croire que la maturité des protagonistes (Luisa et toi) pourrait allier le bien et le mal dans un savoir vivre de la dernière chance. Il laisse croire que leurs vécus respectifs, bien assumés, pourraient racheter les péchés passés. Il laissait croire que les choses répréhensibles de leur vie, métamorphosées d’une manière appropriée, comme les vers dans les chrysalides, pourraient les quitter comme des papillons, pourraient leur éviter de commettre d’autres… Comme si la Providence tentait (et mettait à l’épreuve) la dégénéralisation, afin de prendre corps.

On te parle bien, hein !

Oh, comme on te parle bien ! Comme on te fait croire cacher le néant (ou plutôt l’infini) qui ne demande pas être caché, mais assumé : le néant infini de ton propre agencement. Même si l’on ne te le dit pas, sache que ton être contient quelque chose qui n’a ni égal, ni correspondant : ta vraie substance. Celle-ci exerce une influence sur le reste, en le rendant… méconnaissable.

…Luisa, ton actuelle, a eu un regard dérouté lorsque tu l’as embrassée. Il y a déjà un moment depuis. Tu l’embrassais pour la première fois. Et l’incrédulité qui brillait, pure, dans son regard se laissait remplacer par l’espoir. Il y avait aussi de l’humour. Plus quelque chose qui contenait autant de tendresse qu’une espèce particulière de férocité, la férocité du bonheur. C’était de la compréhension transformée partiellement en pitié…, autant qu’en confiance peureuse…

La Drôme, où Luisa est née, a imprégnée sa peau. On y trouve du soleil, du calcaire et de la lavande. Sous cette peau, c’est du sang bleu qui pulse. Luisa est marquise. Marquise espagnole. Ses parents lui ont laissé à leur mort des terrains agricoles et une montagne avec des alpages et des bois, ainsi qu’un élevage des taureaux (corrida oblige).

Ils étaient des anti-franquistes, les parents. Leur fille a hérité aussi de cette idéologie. Elle est aussi résolument antiaméricaine.

Elle fume beaucoup et boit pas mal. Elle est mignonne et superbement normale ; – sans tomber pour autant dans le banal, on te dit, ni dans l’ennui. Elle n’est pas fatigante. Dans son appartement d’une normalité écrasante, place Jeanne d’Arc, elle passe d’une pièce dans l’autre comme une lumière chaude, comme un flamme paisiblement vivante. Ceux-ci, simple fait, simple constat, t’attendrissent.

Arrivé à un certain niveau de l’évolution, la vie véritablement humaine te parait ne pas être possible si l’importance fait défaut. Tu t’avanceras même et tu affirmeras qu’il y aurait autant d’humanité que d’importance ; que la mesure de l’humain consiste dans la quantité de l’importance qui y loge (ou qu’on lui prête, qu’on lui consent). – À cinquante ans, quand on ne sait ni combien a-t-on encore à vivre, ni comment vivra-t-on ce qui se trouve dans le panse du destin, on se restreint – on se rétrécit même – autour des choses qui se montrent incontournables. Le reste s’effrite, s’envole, se volatilise. Il en reste des traces de plus en plus fines (raffinées jusqu’au détournement ou jusqu’à la perversité, parfois), dans une mémoire de plus en plus concentrée sur (et contrée par) l’importance déjà évoquée (à la mesure de sa purification). Alors, si l’on a l’énergie – que tu as ! –, l’amour pour une cinquantenaire devient non seulement possible, mais très remplissant et enrichissant…

Ni l’un, ni l’autre ne recherchera pas d’entrer, de creuser trop dans le passé de l’autre. Sous peine de séparation ! On découvre, concomitant, son propre passé en tant que réalité extérieure à soi-même, en tant que méconnu, en tant qu’inconnu. Ce qui fait que le passé de chacun, la vase déposée au fond de chacun est, forcément, de plus en plus acceptable, l’avenir de chacun d’entre vous, Luisa et toi, étant de plus en plus court, de plus en plus très court !

Luisa ne veut plus s’auto-dépasser ; d’autant moins de s’outrepasser. Elle ne possède plus des sens vierges, purs, sur-excitables. Mais elle n’est pas sclérosée, pour autant. Elle est seulement apaisée. Elle veut aimer, certes, mais paisiblement. Ensuite : paisiblement, certes, mais de toutes ses forces. Et dans ce but, elle a besoin parfois de se retrouver seule, qu’on la laisse tranquille, « dans ses eaux », comme disait l’autre. – On te parle de Luisa ! – Elle a besoin que l’amour soit ramené à son échelle à elle. L’amour reçu, mais aussi celui offert, dispensé.

Autant marquise qu’elle soit, elle a du gérer la misère. C’est quelque chose, te di-t-on, n’est-ce pas ? Il s’agit de la vraie misère. De la misère vécue en chair et os – en amour. Une misère collée à la souffrance.

Explication. – Luisa porte en elle cette plaie ouverte. Julien, son fils d’un premier mariage, s’est clochardisé[3]. Il ne touche pas aux drogues, dit Luisa. Il ne vole pas. Ce n’est qu’un miséreux. Un profond miséreux.

Tu comprends tout. Tu sens tout. Le courant passe, presque au sens propre du terme, entre Luisa et toi. – Elle s’estime heureuse que Mireille, sa fille d’un deuxième mariage, ait connu un parcours normal[4].

Tu ne saisies pas pourquoi se dilatent ou se contracte-t-elles les prunelles de Luisa… On te le dise. Noires et luisantes au milieu de ses iris bleus clairs…  Lorsque vous faites amour, tu surprends un voile de plaisir dans son regard. À la fois tendre – et féroce… On te dit qu’elle se sent électrocutée par toi, Luisa. Tu deviens humble. En même temps, dans ta poitrine, la joie-force-fiérté-arrogance bouillonne…

Comme astuce, elle a la tolérance. Souvent. C’est de la vraie tolérance qui se manifeste même en l’absence de compréhension. Et ça, c’est… bandant. C’est maternel. À répétition, à plusieurs niveaux et degrés, pour ainsi dire. La maternité lui va comme un gant. Comme deux gants : elle est déjà plusieurs fois (trois, te dit-on) grand-mère.

Tu es grand et lourd. Luisa, elle, est petite, mince et, par rapport à toi (tu dirais même : pour toi), fine et légère. Cette différence de gabarit vous rend un peu raides. Pour ne pas ajouter que cinquante ans, c’est cinquante ans.

À cinquante ans, l’amour est une aventure tellement remplie de sagesse morte ! – Trop de sagesse nuit.

Luisa, avec ses yeux « trop bleus pour toi »… C’est une vraie joie de l’apercevoir, dans son appart, place Jeanne D’Arc. Un appartement moderne, impersonnel, avec vue sur l’église entourée les jeudis et les dimanches par un marché ni plus ni moins pittoresque que tous autre marché parisien… – Mère, grand-mère et amante à la fois, elle a l’air de saisir, de « réaliser » parfois le miraculeux de sa situation. Ce sont les moments les plus exquis que tu n’aies jamais vécu. Elle est, avec ses membres graciles, avec ses os fins, avec le calcaire-soleil-lavande de sa peau, avec ses mouvements d’une élégance très valorisante (pour elle ; et peut être encore plus pour toi), une étincelle qui tremble et clignote  sans cesse dans une vie pas encore crépusculaire !!

Vous habitez séparément, chacun dans sa demeure. Vous passez ensemble, quatre soirées sur sept. Parfois, tu dors chez elle. Parfois, c’est elle qui découche. (À cet égard, comment te voit-elle, dans ton appartement ? Comment, dans le sien ? Comment croit-elle être vue par toi ?...) Vous êtes bien, l’un avec l’autre, l’inconnu de l’un avec l’inconnu de l’autre.

Lorsque tu aperçois la flamme vitale de Luisa déambulant dans l’appartement place Jeanne D’Arc, la tendresse t’envahi. Tendresse, d’accord. Douceur, idem. Tristesse, ibidem. Les derniers sentiments de l’humain ? L’humain dans ses états ultimes ? Les dernières stases de l’humanité ? Ce qui (s’en) suit : la froideur tueuse, l’incandescence brûlante… J’aimerais remettre tout à plat et tout recommencer, tout reprendre avec mes enfants, que dit Luisa. Aussi, me laver de mes péchés… recommencer !... être généreuse, souriante, bonne !..., qu’elle dit. Ou du moins, ne pas faire du mal… C’est le maximum que l’on peut attendre de moi. Et encore ! qu’elle dit. 

Quant à toi, te dit-on, tu pourrais mettre à tout moment fin à ton histoire. Tu te sens fini et transparent dans l’éternité. Ce n’est pas que tu ne serait pas en chair et os. Tu l’es ! Ce n’est pas que tu ne serais pas né et destiné à la mort. Tu l’es toujours ! C’est parce que seul Bon Dieu sait pourquoi ! S’il y a un savoir pour ça ! Si ça permet d’être su.

Ni convictions, ni aspirations particulières. Ta femme t’a quitté justement à cause de ça. Tu ne pouvais être qu’ennuyeux. Soporifique. Le maximum de méchanceté (il faut être méchant pour être pris en compte), dans ton cas, c’était l’aigreur. Et encore ! Ta femme appelait cela platitude… …elle – « femme libérée », cherchait son équilibre entre l’insatisfaction fournie par son travail à l’ANPE, et celle de son foyer dépourvu d’enfants… …elle voulait et ne voulait pas en avoir… …tu n’en es pas sûr… …tu es sûr seulement qu’elle vous a fait passer des testes, elle et toi ; vous vous révélâtes « absolument normaux », elle et toi ; c’était seulement une question d’indifférence – ou, que sait-on ?, de volonté – divine. Elle haïssait ça. Elle te haïssait. Elle te quitta pour sombrer dans sa noire dépression. Elle t’en rendit coupable. Elle se désocialisa vite. Toujours en larmes, elle quitta le monde relationnel pour se réfugier dans une maisonnette héritée de ses parents, dans un mi-isolement malheureux au milieu et au profit des quelques citoyens d’un bled oublié du monde, près de Parthenay, pas loin de La Roche sur Yonne. À moitié perdue, elle fut mise sous tutelle. C’est une bonne femme très brave et correcte, qui s’est chargée de ne pas la laisser faire trop de sottises. Une femme du pays. Une femme de la France profonde. La demi-débile – MON EX[5] – lui fait part de ses réflexions… La brave femme de la France profonde lui prête oreille. Et ça, ça leur fait du bien, à toutes les deux paraît-il[6], te dit-on. On te demande d’y croire et d’(y) savoir, avec une joie forte et étrange, désinvolte, arrogante, d’une inconnue nature…



[1]              Je lui suis redevable : c’est lui, Marin Preda qui m’a fait entrer par la grande porte dans le pas trop grande littérature Roumaine, dans son  monde… Un monde de « consciences nationales », donc. ----------- Il y avait peu de dissidents en Roumanie. La plupart provenaient du monde littéraire.

 

[2] Tolstoïevski ?

[3]              (…le visage de Julien était émacié, « sucé » de l’intérieur, pâle… …il n’était pas malade, si la misère n’était pas une maladie… …Julien, le fils de Luisa… …cette photo, où il montrait une tête de Christ dont la souffrance n’avait réveillé ni l’intelligence, ni la compréhension et d’autant moins la révélation…)

 

[4]              Le fait qu’elle ait terminé ses études, qu’elle ait travaillé correctement, qu’elle se soit mariée, qu’elle ne travaille plus à présent, pour pouvoir se dédier entièrement à ses enfants (trois petits garçons), tout ça la consolait. Partiellement. Elle ne s’est pas perdue, sa fille. Du moins ! Son fils, par contre…

[5]              ----------- disons-le avec force, crions-le : celui qui dit tout ça, c’est moi, MOI ----------- non pas un quelconque ON ----------- …un ON quelconque... -----------

 

[6]              …maintenant, en même temps, ici, à Paris, dans son appartement d’une banalité écrasante, dans le treizième, déambulant d’une pièce à l’autre, comme une flamme vive et apaisée, Luisa te (ME) fait savoir qu’elle est enceinte… …dans son regard, une question… …Luisa est en attente d’une réponse… …tu (JE) ne sais ni ce qu’elle te de (ME) demande, ni, surtout, d’autant plus, quoi lui répondre… …du tout…

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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 07:47

Avant propos

Le mot « cancer » est, la plupart du temps, suffisant. Pour ce qui reste, non.

 

        

Cancer de la prostate

« Dans la plus pure tradition de la vulgarisation historique, j’aperçois, je remarque, je vois l’être poilu. Ainsi, ses poux. Plein de poux. Il en est envahi. Il s’en débarrasse, pour un certain temps, en se roulant dans la boue. Nu comme un ver et fortement animé par quelque chose d’aussi agressif que stupide (on a appelé ça, plus tard, curiosité), il pénètre dans la grotte. Je le vois perdre la lumière et gagner le noir. Il tâte autour de lui. L’invisible devient de plus en plus épais. L’invisible devient de plus en plus fort. L’être s’y immerge lentement... 

« Et, boum ! Il bascule sec..., il dévale..., il s’abîme..., il s’écroule... (Il n’a pas encore rencontré la pomme de la gravitation, mais il est muni de tous les ingrédients de la masse, des certitudes aussi, des suffisances fondées sur la répétition ou carrément prescrites...) Il vient de toucher, simplement, à la disparition. De s’y heurter (si l’on peut dire ainsi:), de se frotter à la mort.

« Il hurle, avant de mourir. Il avertit ceux qui le suivent. Mais c’est sans le vouloir. C’est en parfaite méconnaissance de cause même, ceux qui le suivent. Lui n’est ce qu’il est que dans la mesure où il se quitte lui-même – aujourd’hui, en hurlant –, dans la mesure où il s’outrepasse, où il s’auto-transcende  – ...aujourd’hui, en hurlant... – ... Et tout ce bazar, dans le noir bourré de causes et d’effets de sa conscience bourrée, elle, de certitudes sans égal, sans repères, c’est à dire en parfaite méconnaissance  de cause.

« Ceux qui le suivent, s’arrêtent. Ils prennent connaissance que l’éclaireur (dans le et du noir...) est disparu, plongé dans (ou happé ! par) l’abîme obscur. Ils créent une place, à l’intérieur ombrageux, sombre, aveugle de leur connaissance remplie de toutes sortes d’incertitudes sûres, une place pour la disparition, pour l’abîme, pour le noir. Il illumine l’obscurité, le noir.

« Ils se disent qu’on pourrait transférer l’inconnu dans le connu. Transformer l’inconnu en connu... Le transfigurer, peut-être... Ils se disent qu’on pourrait glisser le connu dans la peau de l’inconnu... Qu’on pourrait empailler l’inconnu avec de la matière du connu... Qu’on pourrait amener le connu et l’inconnu à contaminer le monde et, naturellement, à se contaminer eux aussi, l’un l’autre, le connu et l’inconnu, réciproquement...

« Anomalie ? Maladie ? Virus de l’intelligence ? Épidémies d’intelligence ? Fantaisies ? Stupidité riche, complexe et généreuse ?...

« Quoi d’autre? Rien d’autre ?

« Quoi d’autre ? Rien ? Rien d’autre ?

Raoul finit d’écrire. Il plia la feuille de papier et la mit dans sa poche. Il laissa quelques pièces sur la table. Il quitta le café.

Il se rendit à l’Hôpital Cochin.

Là, on lui fit savoir qu’il avait un cancer de la prostate.

Il se demanda ce qui lui avait pris tout à l’heure d’écrire ces lignes sur le papier de sa poche ; ensuite, ce qui lui avait pris d’avoir un cancer de la prostate.

 

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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 07:16

 

Avant propos

Insatisfaits par leur propre vie (pas assez singulière, pas assez particulière !), les humains du deuxième millénaire de la révolution chrétienne se sont construit une vie électronique commune, partagée via Internet, appelée Second Life. Ils y ont mis beaucoup de ce qu’ils n’étaient pas, mais aussi le peu de leur essentiel : ce qu’ils ne pouvaient pas être.

 

Cas particuliers

– éclats de Second Life

 

Ils étaient comme un rêve.

Autosuffisants.

Autarciques.

Fières.

Arrogants.

Forts de leurs chimères.

Prêts à mourir à tout moment.

Puissants.

Aliénés.

Tantôts pâles, tantôt rayonnants.

Leurs vêtements : des grands amas de roses couleur thé, mourantes, maladives.

Leurs corps, ainsi couverts, émanaient une beauté volatile.

Illusoire.

Contre nature.

Il n’y avait de concret que la virtualité.

La leur.

Leur virtualité issue ou pas de la matière.

Leur virtualité perdue dans le noir, peut-être dans le pour-jamais.

Ils suggéraient, incarnaient, représentaient, étaient un microcosme finement agencé.

Discret.

Friable.

Inexistant.

Ils réfutaient la démocratie.

La beauté, l’élégance ne s’y retrouvaient pas ; dans la démocratie, c’est-à-dire.

La démocratie, hormis celle des Dieux, reposait, selon eux, sur un compromis imposé, sur le diktat de la tolérance et du tiède.

Mise à part celle des Dieux, la démocratie n’était qu’une société d’esclaves libérés.

Foncièrement non-ample.

Forcement non-intense.

Ils étaient beaux de cette manière, ils étaient élégants dans cette direction ; ainsi ils étaient beaux et élégants.

Fiers.

Arrogants.

Prêts à mourir à tout moment.

Inexistants.

Présents.

Comme un beau-mauvais rêve !

 

 

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 12:12

 

                Avant propos

Parfois, un très léger battement d’aile du papillon suffit pour détruire un monde. ---------- Aussi, pour en créer un.

C’est l’impression fragile et fugitive vécue avant d’écrire ce qui suit. ---------- Pareil, après l’avoir écrit.

Right ? ---------- Wrong ?  

 

Bucolique avec des Danois

           

Il bruinait. Au bord de la route, le vert des arbres paraissait un peu plus foncé que de coutume. L’air sentait agréablement l’humidité, le brouillard ; un peu la fraîcheur. Le ciel était blanc, indéfiniment haut ou bas.

Christian tourna à droite. La voie communale commença à sillonner entre des petites parcelles de vigne, de broussaille, de défriche. Ici et là, quelques outils de vendangeur, abandonnés au bord de la route. Des grands vendangeoirs en osier et en plastique, avec des bretelles. Des récipients plus petits, à moitié pleins d’eau, ou, peut-être, d’un autre liquide.

Un lièvre sauta pendant quelques secondes dans l’herbe, à gauche. Il trouva une brèche dans la broussaille. Il y disparut.

- Nous tombons mal, dit Marion. Ils bouffent tous, à cette heure-ci. La France profonde !

Les Danois, derrière, regardaient le paysage qui roulait d’un côté et de l’autre de la voiture. Ils avaient l’air sinon content, du moins non-contrarié, tranquille.

La voiture tourna à gauche, cette fois-ci. Elle emprunta une route couverte des graviers. La propriété n’était pas loin. Deux hangars, les grandes portes ouvertes, laissaient voir, d’un côté et de l’autre de la voie, des engins rustres. Des objets qui pouvaient être tout aussi bien des machines « raisonnables » (outil de travail – ou de torture), que des absurdités témoignant d’une histoire et d’un présent stupides.

La route tourna de nouveau à gauche et commença une descente assez vertigineuse.

- Quand il y a du verglas, ça doit être un désastre, fit Christian en freinant doucement.

Ils entrèrent dans la cour de la propriété. Le gravier blanc, soigneusement choisi et répandu sur toute la surface, paraissait lumineux ; il donnait de l’éclat intérieur au volume formé par les bâtiments d’autour, de la même hauteur, l’équivalent de deux niveaux.

À droite, un groupe de visiteurs, des blancs, des asiatiques et des noirs, des touristes américains probablement, écoutaient les explications d’un homme entre deux âges, vêtu d’une pèlerine capuchonnée. Il y avait des parapluies ouverts, au-dessus de leurs têtes.

Il bruinait.

L’homme entre deux âges, qui éduquait les Américains sous la pluie fine et fraîche et qui allait leur faire commander des cartons et des re-cartons de bouteilles, n’était autre que le père de Jeannine, qui, quant à elle, naguère, poussée, dirait-on, par le génie du lieu, s’était laissée happer par l’amour déclaré de Gaston, animer même par cette attraction, par cette disqualification, démembration individuelle, s’était fait insuffler une tout aussi forte énergie d’attraction, d’amour, de dépersonnalisation individuelle et de recomposition dans un être fusionnel avec Gaston... C’était lui, donc, l’homme à la pèlerine capuchonnée, le propriétaire de l’exploitation. L’ancêtre de Jeannine. Un grand amoureux de ses terres qui, elles, une fois le regard du maître posé sur elles, une fois pénétrées par l’énergie immatérielle de ce regard, une fois que le maître leur eût insufflé son esprit, donnaient le plus-que-du-vin qui ensorcelait maintenant les Américains ; pareil – tous les jours, toutes les nuits, toutes les heures – tous les autres, fusent-ils des visiteurs, des maîtres, des employés...

Dans la grange d’en face, une vingtaine de vendangeurs, la plupart très jeunes, des garçons et des filles, des étudiants ou des élèves, à côté de quelques figures plus mûres, de méridionaux ou de gitans, étaient assis autour d’une longue, très longue table. Ils mangeaient. Ils parlaient. Ils riaient.

Les nymphes du ruisseau qui susurrait bucoliquement quelque part derrière la grande maison familiale, chantaient doucement, très doucement, très-très doucement, doucement-doucement...

Dans la maison, Gaston et Jeannine radieux et triomphants comme toujours, plus qu’heureux, perdus, avec une immense joie exultante, dans leur être partagé, mélangeaient le centaure à la sirène, le sylphe à l’ondine, tandis que leurs farfadets, les petits-enfants du maître du lieu, fourmillaient un peu partout, en risquant leur vie à chaque instant et en devant leurs vies à leurs anges gardiens seuls, qui se montraient très actifs et plus forts que l’inventivité extrêmement riche des lutins...

Les Danois, mais aussi Christian et Marion, étaient tombés sous le charme du lieu, de l’esprit du vin, n’est pas ?, si ce n’était pas autre chose, qui ne pouvait pas porter de nom, sous la petite pluie fine, sur les terres, sur la propriété des heureux vignerons.

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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 14:13

Avant propos

Quoi de plus inquiétant que l’infécondité ? ----------- L’espèce, dans son entier, s’en excite. ----------- Et au-delà d’elle, qui sait ?, peut être même Dieu.

L’infécondité soutenue est plus diabolique – naturellement – qu’un cataclysme… naturel (sic !), quoi qu’il soit. Endiablée, la mort lente, invisible (au début), désespérante car inéluctable quant à la totalité (à la fin), s’empare de tout un chacun… On a la mort seule ----------- comme seul avenir.

Les Saintes Écritures parlent de la Création finie avec l’érection d’un couple, d’un homme et d’un femme voués à la copulation inconsciente et incontrôlée, comme les bêtes, mais aussi – et souvent tragiquement – à l’union consciente et contrôlée (par la psycho-morale ou, au contraire, par la psycho-sociologie…), comme les humains. ----------- Après quoi, il n’y aurait plus eu de Création, Dieu s’éloignant de plus en plus de ses créatures, en les repoussant, en les abandonnant ; ----------- ses créatures qui, elles, ne voulait plus d’ailleurs depuis long, longtemps  être les siennes, mais… libres.

Quelle histoire ! ----------- Libre de quoi, lorsque l’humanité se laisse absorber par son futur ? ----------- libre de quoi, lorsqu’elle se laisse  diriger vers son avenir par la copulation ?

Hier encore, n’est-ce pas ?, il nous fallait deux – pour en faire un ! ----------- Hier, encore, l’avenir  (n’)était (qu’)un avenir copulatif. ----------- Toujours copulatif. ----------- Trop copulatif. ----------- Trop ! ----------- Trop c’est trop ! ----------- Une… servitude de trop, dont il fallait bien en libérer un jour.

Aujourd’hui, ça y est ! On y est ! ----------- Des nouvelles techniques procréatives ont commencé par éliminer la partie masculine. On n’a plus besoin de mecs pour « se la mettre en cloque ». Les sexe-toys et le clonage font bien l’affaire. Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’ils nous ont apporté ces andros ?  Des guerres et de la soumission. La civilisation des Messieurs n’est qu’un gigantesque parasitoire. Ils ne peuvent pas porter une grossesse, les bonhommes. Leur Homoncule n’est jamais sorti de sa cornue alchimique. Alors, ils exploitent la féminitude, les hercules-apollons-jules ! Les gonzesses, ils les fécondent. ----------- Dites donc ! -----------  Comme si elles ne pouvaient pas faire ça ----------- toutes seules ! ----------- Mais si, mais si ! Elles pouvaient le faire. Et si elles le faisaient, elles le font et le feront. ----------- Sans se soucier de ce qui les attendrait derrière la porte. Notamment une terrible solitude sordide, comparable néanmoins à la terrifiante solitude de Dieu…

La brève histoire d’un bizarre sentiment d’émasculation de la société (pouvait-on, avec ou sans ironie, parler d’une certaine émasculation sociologique ?), qui suit, sera peut-être révélatrice d’une certaine Tristesse ----------- immense ----------- horriblement malfaisante ----------- contemporaine. 

Et sinon, non !

 

Société émasculée

 

Maggie savait qu’elle n’était même pas forte, mais franchement grasse. Grosse et grasse. En tout cas et de surcroît, graisseuse. Le pantalon de training bleu foncé moulait ses fesses énormes, flasques, lourdes et son bas-ventre proéminent. Son tee-shirt vert pliait autour d’une poitrine débordante, d’un nombril comme une excroissance, d’hanches plus que généreuses. Elément frappant : des lèvres exagérément minces et pâles, mais très longues, qui accaparaient l’attention du spectateur (voyeur, va !), au détriment de beaux yeux intelligents, dont le regard jaillissait comme des geysers de sous un front bombé, lis, plutôt large qu’élevé.

Elle tenait dans sa main droite une cage, avec un chat blanc dedans.

Elle était chaussée de tongs vermeilles et brillantes.

Elle se tenait immobile devant une grande affiche publicitaire où on voyait une très belle femme mince, nue, à quatre pattes, dans une position « même pas équivoque », le dos, la nuque et une partie de la tête couverts d’une toison d’agneau. Il était difficile de dire si c’était une photo ou un truc sorti des pures entrailles d’ordinateur.

Maggie vivait avec étonnement une sensation de dédoublement jamais éprouvée auparavant. Elle avait l’impression de voir tout ça de l’extérieur, d’assister à tout ça. Elle apercevait les images de ce que l’on pouvait caractériser comme étant des états d’esprit successifs, qui scintillaient dans l’espace, dans l’univers squatté par la première Maggie, par Maggie la physique, qui s’était arrêtée devant l’affiche, la cage du chat dans sa main droite, la gauche se touchant inconsciemment la cuisse, mi-caresse, mi-nettoyage.

La femme de l’affiche était belle et mince. Sensuelle…, sensuelle d’une manière indépendante, autonome, sans qu’elle le veuille ; donc, véritablement sensuelle. La femme de l’affiche était chanceuse. Elle pouvait être top-modèle, gagner beaucoup d’argent, se laisser choyer et être admirer par tous, y compris par Maggie la physique, à présent. Bon, c’est vrai qu’elle se mettait dans une situation très délicate, très limite, voire très mauvaise, en prenant la posture sans équivoque qu’elle prenait sur l’affiche. Elle se dévalorisait en tant que femme, en s’exposant ainsi, à quatre pattes, en lançant de la hauteur de son affiche, de là-bas au monde, dans le vide, son appel – qu’on la saute. Mais ce n’était que de l’inutile ça. Devant l’affiche il n’y avait que Maggie, grosse et grasse, et le chat blanc, dans sa cage. Personne pour sauter qui que ce soit, ni la femme-animal de l’affiche, ni Maggie, ni la chatte… – dans cette conjoncture, dans cette société (dans cette vie, tant que nous y sommes ?!) émasculée… Elle n’était plus rien. Ni un top-modèle. Ni une jeune femme mince et belle, à la bouche large et aux beaux yeux. Ni chanceuse. Ni riche. Elle n’était même pas désireuse ; ni désirable. Elle n’était qu’une pute. Et qu’importe qu’elle ne fût qu’une image – peut-être fabriquée intégralement, totalement par l’ordinateur seul, sans support vital, sans modèle –, là-haut, sur l’affiche ? Qu’importe que les regards profanateurs et déshonorants ne se posassent pas directement sur sa chair – s’il arrivait qu’elle sût vraie – transmutée en matière à palper, à peloter, à tripoter, à pétrir, à meurtrir (sur sa viande, donc, parfois…) ? Qu’importe que, peut-être, elle n’ait jamais été vraie, qu’on l’ait fait sortir directement des entrailles électriques, électroniques, « processiques » de l’ordinateur, qu’elle fût virtuelle dans tous les coins de son être, enfin, dans tous les recoins de l’image qu’elle montrait maintenant au monde ? Aucune ! Aucune importance ! La possibilité qu’elle ait un correspondent dans la vérité, qu’elle soit vraie était tellement grande ! Elle ne pouvait être que réelle, vivante ! Alors, dans ces circonstances, la gente féminine n’avait plus le choix. Elle devait se sentir outragée, souillée, humiliée, anéantie, la gente. Et c’était très bien que les choses fussent ainsi. La femme peut prendre son pied lorsqu’elle est humiliée, lorsqu’on lui marche dessus, lorsqu’elle s’auto-annule, en laissant l’autre, le porteur du poteau phallique, la piétiner, la laminer, la brûler, jouir d’elle dans des varies hypostases et sortes, pour la joie générale du viol collectif et du bien-être impersonnel…

Le chat, dans sa cage, bougea un peu. Maggie serra les doigts autour de la poignée. Un soupçon de larmes dans les yeux.   

 

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 12:12

 

Avant propos

On dira que, lorsque l’enfant posera sa question, il sera assez mûr pour comprendre la réponse en question (sic), qui, elle, sera souvent cachée dans ou par la question en question (re-sic !).

 

 

Cela ne sera pas le cas de l’adulte, ni celui de l’homme en général, ni celui de l’humanité. Nombre de questions formulées par ceux-ci ne trouveront pas de réponses satisfaisantes (même si elles arriveront à générer leurs réponses).

 

 

On dira que, de question en réponse et de réponse en question, les choses finiront souvent là où, enfant ou adulte, homme en général ou humanité, on se montrera capable de formuler de telles questions qu’aucune réponse ne pourra plus leur être apportée. Ou là où les questions susciteront de réponses ahurissantes, preuve que les questions et leurs réponses pourront ne pas faire partie de ce monde ; ou, ce qui ne sera pas mal non plus, que ce monde sera de nature ahurissante.

On dira tout cela !

Par la suite, pour les éventuelles questions, on sera là pour y répondre ; ou pas.

 

 

 

Mars futur  

(Avant que la planète rouge ne soit colonisée)

 

Le message passe avec difficulté. Le gouffre qui sépare la jeune fille de son père ne porte pas de nom encore. La collision entre le génie nerveux, chaotique, nébuleux de Rolande et le calme-plat « néantique » de Michel donne naissance à une étincelle sans consistance, foudroyante et fantomatique, d’autant plus froide que pâle. C’est la réverbération du monde habituellement insaisissable, même si voisin : le possible et l’impossible y achèvent leur drôle d’union, sans secousses, sans explosions, sans implosions, sans effets – sans causes. (En même temps, c’est comme si on essayait d’attraper un duvet pris dans des tourbillons d’air.)

Rolande a treize ans et les seins à peine bourgeonnés, à peine soupçonnés. Sur sa figure, qui a cessé d’être délicate, tout en restant frêle, glissent avec célérité des expressions parlantes, rapides et pures. Rolande est intérieurement à l’affût de ses propres composantes et forme de liberté, dont la séduction réside dans une certaine aspiration-absorption réciproque de la jeune fille finissante et de la jeune femme naissante.

Rolande est précoce. Très précoce. On dirait – en écoutant son ennuyeux de père – même plus : monstrueusement précoce, voire monstrueuse tout court.

L’état de génialité dans lequel se trouve Rolande actuellement, lui permet d’avancer des idéo-structures. Deux, notamment, qui se manifestent alternativement.

La première de ces idéo-structures a affaire à l’agriculture. Rolande soutient que travailler la terre ne serait possible qu’avec la complicité, voire la demande de la terre-même. Les mouvements des plantes, des animaux et des minéraux de la terre (des mouvements si fortement, si organiquement terrestres, qu’on peut considérer que tout se passe à l’intérieur, dans la terre), laissent entendre, prouvent même, que ladite terre soit agencée de cette façon précise. Et comment serait-il autrement ?... Ensuite, pour travailler la terre d’une manière efficiente et efficace, c’est à dire, non-définitive, il faut un savoir si complexe, « couvrant » les spécificités des terroirs, que l’on ne peut pas imaginer comme acquis par des « découvertes », mais seulement par l’apprentissage du prométéisme, suivi par le développement et l’élargissement de celui-ci.

Mais qui pouvait bien être l’apprenti (le sujet ! la victime !) de ce (nouveau !) Prométhée terrestre sur Mars ; mais qui, encore – Prométhée ? 

La deuxième idéo-structure de Rolande affirme que les mathématiques s’enseignent et s’apprennent. Donc, violence ! Tout le monde ne peut pas comprendre une, plusieurs, toutes les mathématiques. Néanmoins, ce que l’on considère comme civilisation aujourd’hui a été bâti par la minorité des gens qui « (dé)tiennent », les mathématiques. L’humanité est agressée intérieurement, comme hier, comme avant-hier…, par cette minorité ; le monde, l’univers (et pourquoi pas Dieu ?) sont bâtis sur et par des mathématiques ; « la mondialisation » c’est ça : la victoire subtile et planétaire des mathématiques, des règles de conduite communautaires qui favorisent encore et toujours le développement des mathématiques (pour ne pas dire : le développement mathématique).

Quel monde étrange, le monde des sentiments mathématiques !

Un monde qui rend exacte l’inexacte, un monde asexué, amoral… et, peut-être, et pourquoi pas ?, pervers !

Par conséquent, rien de plus déductible, d’inductible et de calculable que la nécessité de pratiquer l’agriculture sur Mars. – C’est ainsi que Rolande énerve Michel, parfois. – Ça correspond à la qualité expansionniste de l’humain. Ça correspond à la capacité d’élargissement, à la capacité de ballonnement explosif (calque immatériel du Big-Bang) de l’esprit. Ça correspond aussi à l’existence de la bêtise, de la stupidité, de la folie. Ça correspond à la croyance en Celui qui habite, mais qui habille en même temps, l’Homme.

Bref, le compte est bon !

Michel, lui, est petit et mince. Il est veuf, en quête d’une partenaire en mesure de supporter sa terrible normalité. La feue sa femme en fut capable.

            Pour Michel, la civilisation moderne, à force de produire tout ce que l’on peut produire, ne produit plus rien si ce n’est de l’information. C’est l’information seule qui peut contenir tout. Absolument tout. Ainsi, tout devient plus que plat, même pas mono-dimensionnel (disons, sous-dimensionnel), mais strictement informationnel.

            Dans cet état d’esprit, le désir à peine productif de Rolande, de partir un bon jour pour on ne sait pas où et quoi, pour emmerder l’univers avec le rien qui unit et sépare agriculture et mathématiques, rend Michel mécontent. Il n’est pas d’accord avec ces fantômes juvéniles (même s’il concède que la jeunesse sans fantasmes n’existe pas). Il trouve Rolande non-adaptée au virtuel, donc non-moderne. Bref ! Trop spécifique, trop « complexement singulière », trop ennuyeuse. Pour tout le monde. D’où une certaine retenue strictement, spécifiquement « michelienne » apparentée au silence.

            Néanmoins, aujourd’hui il est plus bavard que de coutume, Michel.

Non pas parce qu’il prononce d’avantage des mots, mais parce qu’il communique d’une manière plus consistante, plus substantiellement avec sa rejetonne.

Il réussit à transmettre des choses telles que :

- Tu veux aller sur Mars pour laisser la terre « libre », mais aussi « propre ». Ou bien, tu veux quitter cette terre, car trop polluée. De toute façon, tu peupleras Mars avec des organismes probablement, voire forcement transgéniques (y compris le tien !). Tu veux vraiment commencer une vie nouvelle – au nom d’une humanité que tu méconnais (comme nous tous, d’ailleurs), au nom d’une vie dont tu ignores non seulement le sens, mais aussi le contenu (comme nous tous, d’ailleurs), au nom d’une terre et d’une nouveauté qui ne sont que des mots (comme nous tous, d’ailleurs). Une vie nouvelle n’est pas possible. Elle est continue, la vie, permanente, perpétuelle. Nous tous, ne sommes que des esclaves, et plus précisément ses esclaves, des esclaves porteurs de cette vie…[1]

Rolande lève le nez du cahier dans lequel elle perle des calculs. Le bruit du lave-linge de la salle de bain arrive dans le séjour, estompé. On dirait un petit atelier, une usinette (roulant selon des lois spécifiques, aléatoires, indifférentes, objectives).

Michel, assis sur le lit, une jambe sous ses fesses, coud attentivement la couture décousue de l’aisselle d’une blouse de femme vert-poireau, en soie. Le lit est posé sous la fenêtre, collé contre le mur.

Rolande dit :

- Ce sera ça, ou rien !

Les yeux de l’adolescente sont de fer cendré, neutres. (De la colère retenue ? Son père, l’énervait-il, comme toujours ?)

Michel, petit et décharné, coupe le fil avec les dents. Il lève la blouse verte. Il se tourne vers la fenêtre. Il examine minutieusement la blouse. Son expression est un peu figée. (Serait-il fâché ? Provoquerait-il sa fille ?)

- Il n’y a pas de vie ailleurs. C’est impossible.

Sa voix est calme et décidée.

- Et pourquoi, s’il te plaît ? Pourquoi ?

Rolande a envie de crier. – De toute évidence.

- Tu trouves mon matérialisme idiot, continue-t-elle, n’est pas ? Idiot ! Et si c’est pas vrai ? Si j’avais raison, moi ? Tu ne peux jamais avoir tort ?

- C’est que t’es contradictoire. Voilà qu’est-ce que c’est !

Michel pose la blouse à côté de lui, sur la couverture « patchwork » du lit.

- Faire de l’agriculture sur Mars ! reprend-il. Tu te rends compte ? Et de la mathématique en plus !

Les doigts de l’homme tremblent légèrement. Il parvient pourtant à ranger l’aiguille dans la petite boîte métallique, carrée, jaune, dans laquelle il y avait eu, jadis, des cigarillos. Il dépose ensuite la boîte dans une autre, ronde, bleu, toujours en métal ; une boîte à biscuits.

- Et pourquoi pas ici, sur terre ? continue Michel. Pourquoi obligatoirement sur Mars ? Pourquoi pas ailleurs ? Pourquoi pas nulle part ? Pour prouver que Dieu ne se trouve pas là, lui, en haut, mais encore plus loin, au-delà du haut, ailleurs peut-être, nulle part peut-être ? C’est pas bête, ça ? C’est pour ça que l’on t’a faite, ta mère et moi, penses tu ? 

- Facile ! riposte Rolande. On déterre les morts maintenant. Qu’est qu’elle a à… foutre maman dedans ?

Le bruit du lave-linge, sourd, est cassé par le ding-dong de la grande pendule. La pendule est au moins centenaire. Elle avait appartenu à une arrière grand tante de Michel. Aujourd’hui, elle se trouve coincée entre un buffet bleu, criblé des blessures des déménagements, et une commode flamboyant neuve, en aggloméré de bois claire. La pendule. Tout ça, dans le séjour. On y trouve aussi la table sur laquelle travaille maintenant Rolande, une armoire ni trop petite, ni trop grande derrière laquelle on place, cachée, la planche à repasser, et, enfin, un petit meuble noir à roulettes, pour la télé.

- C’est ça, fait le petit homme maigre. Ce que je veux dire c’est que la situation ne me paraît non par irréalisable, mais extrêmement morale. Je veux dire, avec un contenu moral insoluble et, surtout, non-résolue.

- Moral ?

- Moral, bien sûr ! Et ensuite, psychologique. Visant la santé psychologique et, peut-être, même celle mentale ; même si je ne crois pas qu’il y ait une différence entre les trois.

- Entre les trois !

- Ben, oui, trois : la morale, la psychologie, le mental. Oui !

…La sonnerie stridente du téléphone.

Rolande saute de sa chaise, court dans le couloir d’entrée et décroche.

– Allô ? Oui… Bonjour, Papi. Oui. Oui. Des maths qui font chier tout le monde. Ben, oui. Rien de naturel, comme tu dis. Des chiffres et des signes. C’est nul ! Comment ? Oui, il est là. Je te le passe. Comment ? Non.

Rolande refait surface dans le séjour, le combiné à l’oreille.

– Si, si, dit-elle en regardant son père qui avait commencé à déplier la jambe sur laquelle il s’était assis pour coudre. On ne se dispute pas encore, mais c’est comme si, presque. Absolument. On dit que faire de l’agriculture et de la mathématique, des mathématiques, sur Mars soulève des questions morales, car il n’y a pas de différence entre la morale et des santés, telles que celle psychologique, mentale et tout ça. Voilà ! Et revoilà ! – O.K.. Moi aussi. Je te le passe.

            Rolande tend le téléphone à Michel. Celui-ci le porte à l’oreille, tout en se secouant la jambe engourdie sur laquelle il a été assis...

- Oui, papa ! Ça va ?

Rolande prend la blouse verte recousue pare son père. Elle l’examine d’un air content. Elle la plie. Elle la dépose sur la couverture multicolore du lit. Elle reprend sa place à la table et baisse son nez dans le cahier de maths[2].

Michel parle sans entrave aucune avec son père, le grand-père de le future martienne. Pendant ce temps - présent.



[1]              Cependant, une voix inaudible résonne dans les silences noirs, ténébreux du trop-formé de Michel. Elle dit, d’une manière sur-articulée, faisant rayonner des auras autour du père : « - Aussi, Rolande, avec ton désir mathématico-agricolo-martien, tu n’es qu’une sorte de spore, annonciateur du mycélium humain qui s’étend, s’étale inexorablement dans toutes les directions ; même dans le virtuel – dont on ignore toujours l’étendue et la puissance contaminante ; même dans le rien – s’il existait, celui-ci. C’est plus que de l’araignenage ou du champinionage, c’est de l’homme-reseaux – qui prépare, probablement, sa propre cristallisation, son propre compactage, sa propre implosion sclérotique. »

[2]              Cependant, une voix inaudible résonne dans les silences noirs, ténébreux du pas-encore-formé de Rolande. Elle dit, d’une manière sur-articulée, faisant rayonner des auras autour de la jeune fille : « - Papa, elle est partie en mourant, maman, ta femme. Elle s’est empressée de mourir ; de te quitter. C’est mon tour, aujourd’hui. Non pas de mourir. Mourir, moi ! Tu parles ! Et puis quoi encore ? Non. Je t’abandonne, par contre. Ça, oui. C’est ça ! C’est ton destin, ça, que d’être abandonné. Quitté, perdu, oublié. C’est ainsi que tu meurs, toi. Perpétuellement. Même si tu considères qu’il s’agit non pas de la mort, mais de la vie… Si, à ma place, il y avait un garçon, tu serais toujours tué, mais d’une autre manière. C’est un lieu commun déjà, tu sais bien, que de tuer le père. Mais moi, je ne suis pas un garçon. Je te quitte. C’est ainsi que je te tue. Pour quitter – et tuer – il en faut toujours deux…. Animé d’une vie incomplète, toi, tant que tu existes, tu serais abandonné. Moi, je partirai pour Mars, moi. Je pars déjà. Je suis déjà partie… Et tu commences à être de nouveau perdu, oublié… Et ça m’attriste. C’est la tristesse d’une femme. Je suis une femme. Désormais. Aujourd’hui. »

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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 07:03

 

Avant propos

« La poésie n’est pas de la prose » a dit dans un de ses jours fastes, Petre Rado, un copain de Roumanie. ----------- Ses paroles furent reprises et répétées avec beaucoup d’application par le monde littéraire roumain. ----------- L’esprit dudit monde littéraire roumain s’y retrouvait avec délice. ----------- Beaucoup de complicité mi-angélique, mi-diabolique…

 

 

          ----------- mais, attention ! ----------- ce qui est unanimement adopté par le monde littéraire roumain, n’est pas accepté obligatoirement ailleurs ----------- ni… vice versa : le monde n’est pas toujours valable ----------- ni dans le monde littéraire roumain ----------- ni dans le monde français ----------- ni dans celui de l’au-delà ----------- ni dans celui d’ailleurs -----------

 

 

 

 

          ----------- mais, attention ! ----------- cela ne serait qu’un autre sujet ----------- pour un autre débat ----------- pour une autre fois ----------- pour ailleurs -----------

          ----------- ni dans le monde littéraire roumain ----------- ni dans le monde français ----------- ni dans celui de l’au-delà ----------- ni dans celui d’ailleurs -----------

          ----------- dans le monde, peut-être ? -----------

 

 

Cela étant, revenons à nos moutons ----------- à nos mondes -----------  pour dire : et si, pourtant, l’espace entre la poésie et la prose n’était qu’une fine membrane permettant l’osmose réciproque de la prose et de la poésie ? ----------- et si la prose et la poésie étaient non pas la même chose (----------- ça non, cher Petre Rado ! -----------) mais dans la même chose ? ----------- À l’instar de Dieu et des hommes, par exemple.

 

 

 

  ----------- ce serait encourageant, n’est pas ? -----------

 

 

           ----------- très ! -----------

 

         --------- pour qui ? -----------

 

 

 

 

 

          ----------- pas belle la vie ? ----------- hein !? ----------- pas belle ? -----------

 

 

Une merveille[1]

 

            Elle n’a pas à mourir.

Elle est forte.

Corpulente.

Ronde.

Supéronde.

Par la même, puissante.

Elle aime énormément la bonne chair.

Elle aime immensément les parfums.

Elle parfume le monde.

Elle virtualise le monde.

Elle y rayonne.

Elle se virtualise elle-même.

Elle virtualise.

Toujours entourée par de l’agréable.

Elle aime ça.

Et ça se voit.

...La ménopause ?

...Elle s’en moque.

...Ça la fait rire.

Elle n’aime pas tous les porteurs de...

Elle aime uniquement certains d’entre eux.

Les « mastocs », d’abord.

Solides.

Puissants.

Des mâles, quoi !

Incapables de s’auto-dépasser, puisque parfaits dans leur rôle de baiseurs balourds.               ...Ça, quand ça te prend dans ses bras, quand ça te fait coucher sur le dos et écarter les jambes – ça –, c’est quelque chose !

...Pour ne pas parler de ce que ça fait lorsqu’on te demande de te mettre à quatre pattes.

...Et tant d’autres !

Ensuite, « les spirituels ».

Les esprits ambulants !

Rares !

Traqués, évidemment, par des ombres.

...Tu ne sais pas par où ils vont s’approcher ou s’éloigner de toi.

Très rares !

Ni animaux éternellement handicapés.

Ni humains infiniment inachevés.

Beaux.

Puissants.

Souples.

Joyeux.

Débordants finement de vie.

De rire.

De plaisir.

De partage.

Rarissimes !

...Tu ne sais (même) pas comment les choses se passeront à l’heure de la séparation !

Le modèle messianique ne lui dit pas grande chose.

Trop tordu et trop sombre pour elle.

Celui de la grand-mère sexy, par contre, si.

Les gens de son entourage : ses pairs, ses profs, ses élèves – à la fois.

On partage avec eux ses plaisirs.

De la bonne chair.

De la bonne bouffe.

Du bon sexe.

De la bonne descendance...

Certes, elle a tué des mouches.

Certes, elle a enfanté.

Elle a été méchante.

Elle est allée au cinéma.

Elle s’est cherchée des mythes convenables.

Elle s’est achetée...

Elle a chié, certainement.

Elle a fait chier.

Elle a réfléchi.

Elle...

Qu’est-ce que c’est que l’humain ne fait pas...?

Le monde est « positif » pour elle.

De l’amour ?

Sûrement, de la sympathie !

Elle est drôle lorsqu’elle évoque la possibilité d’être momifiée.

Ou congelée.

Ou incinérée.

Ou Dieu sait quoi encore

...Ou anéantie.

- C’est quoi d’être anéantie, rit-elle comme une baleine.

Elle dit souvent que le vrai est ce qui va au bout.

Elle est exubérante.

Accaparante.

Energiquement reconnaissante lorsqu’on la fait jouir.

D’autant plus, si on la remercie.

Elle ne se sent pas attirée par la mort.

Ou dans la mort.

Du tout.

Elle n’a pas à mourir.

...Plus tard, sans doute.

...Plus tard, sans faute.

...Mais pas tout de suite.

Maintenant (tout de suite) elle est – sans faute – bien.

Très bien.

Forte.

Corpulente.

Aimant la bonne chair.

Rayonnante.

Parfumée.

Joyeuse.

Mûre.

Croustillante.

Pleine de sève.

A croquer, et rien d’autre !

Une merveille ![2]



[1]           Elle n’est même pas folle.

 

[2]              Elle n’est même pas folle.

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