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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 09:33

C'est qui ?

 

 

Elle me frappe parce que je ne réponds pas à ses paroles. Pourquoi me parle-t-elle ? Je ne n'entends pas ce qu'elle dit. Je ne comprends rien. Elle s’énerve et me frappe.

Quand elle essaie de m'aider de me lever pour aller aux toilettes, elle ne me demande pas si je veux y aller. Elle le sait pour moi. Mes fesses sont trop lourdes. Ou les jambes trop faibles. Ou les deux. Je n'arrive pas me mettre debout. Elle me prend la tête entre ses mains et la pousse vers le dossier du canapé. Je vois du noir. Ou plus rien. Sa respiration est fétide. Je vomis. Elle sent le tabac. C'est le cendrier. Elle fume en face de moi. On me souffle la fumée dans la figure.

Lorsqu'on me gifle, mes appareils dentaires se disloquent. Un jour, je vais avaler une de mes prothèses. J'en mourrai, peut-être. Et pourquoi pas ? De toute façon, je ne peux pas m'y opposer. J'en suis fatiguée. Vivement la fin ! Que l'on ne m'aide non pas d'aller aux toilettes, mais d'en finir. Une fois pour toutes. Qu'on en finisse !

Mais non. On s'y acharne. On me lave. Elle me fait enjamber le bord de la baignoire et me passe le gant mouillé par tout. Joues, front, bouche, poitrine, bras, jambes... On me torche le cul. Qu'elle chance j'ai eue de l'avoir !

Je suis chanceuse. C'est vrai. Je ne sais pas ce que je deviendrais si je ne l'avais pas.

La purée est trop chaude. Je pousse la cuillère avec ma langue. On me pince les joues et on me tire les cheveux. Suit une gifle. De nouveau. Le nez me coule. Gifle. On me torche le nez. Je pisse sur moi. On hurle dans mon oreille. On me pince les seins. On me donne des coups dans l'estomac. On me tire vers la salle de bain. On me nettoie. Quelle chance j'ai eu avec elle !

C'est qui ? Ma fille ? Est-ce possible ? Est-ce obligatoire ? Est-ce ? Des larmes me coulent sur les joues. On me frappe dans mon dos. Sur ma nuque. Je chie.

Ma fille m’emmène dans la salle de bain. On me lave. Je pue. Quelle chance j'ai eu ! C'est qui ? Dieu ?

 

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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 08:55

La boîte aux alibis

 

 

La vie mérite d'être vécue. Elle est souvent intéressante. L’intérêt peut remplacer beaucoup de choses qui nous manquent.

J'ai découvert ceci en réfléchissant à Rodolphe. Étrange nom pour un descendant direct des kabyles ! Mais, qu'importe ! Ils l'ont appelé comme ça, car, d'abord, il est né en France et non pas au bout de la géographie comme les autres, son père et sa mère, par exemple. Ensuite, parce ses parents étaient parmi les derniers de chrétiens berbères d'aujourd'hui. Ensuite encore, parce qu'ils l'ont destiné à l'intégration la plus parfaite qui soit dans le monde occidental.

Ils ont voulu au début lui donner Victor comme prénom. Victor, la victoire. Le prénom est souvent une sorte de pré-destin. Tout le monde le sait. Mais... Je n'insisterai pas sur le sujet.

Ils se sont réveillés avec un petit Rodolphe. Et moi, je réfléchis à lui.

Nous avons vingt-trois ans. Mon copain Rodolphe et moi. Et un BTS de tourisme, dont nous ne nous servons pas trop. Nous venons de rentrer en France. Rapatriés, d'une certaine manière.

Nous avons travaillé pendant deux ans sur la plateforme téléphonique pas trop grande (une vingtaine d'agents polyglottes) basée au Maroc (délocalisation oblige), d'une boîte internationale de conseil dont le siège central se trouve à Versailles, Boulevard de la Reine. (Bonne adresse !)

La boîte fournit des conseils pour ceux qui ont besoin d'un alibi. Assez souvent, nous, enfin, les services spécialisés, organisons l'alibi même. Des tickets de cinéma, avec la description du film, des billets de trains aller/retour plus la facture d'un hôtel, etc...

Je trouve que la boîte est très bien ancrée dans la civilisation française et, plus généralement, occidentale, contemporaine. Des boîtes comme la nôtre existent dans toute l'Europe. Puis au Canada, en Australie, aux États-Unis, en Russie, en Amérique Latine, au Japon... Enfin, dans les pays civilisés, quoi ! Il existe même une Fédération Internationale. Elle est encore petite mais en pleine expansion.

Qui n'a pas eu besoin à un moment ou à un autre d'un alibi ? L'alibi ne peut être qu'une affaire qui marche. Au jour d'aujourd'hui.

Rodolphe y est bien intégré.

C'est un travail propre, de bureau, informatisé un max. Intellectuellement il est super. Souvent, nous pensons moins à que pour nos clients. C'est une position de force. C'est du pouvoir, je vous assure. Il faut bien comprendre la demande du client, bien connaître le milieu où il évolue...

De surcroît, le travail est très enrichissant. Je vous le dis. Nous découvrons ce que l'humain peut dire et veut être. 

D'une certaine manière, nous pouvons dire que nous tenons et dominons le monde.

Récemment, nous avons été rapatriés, comme je le disais. Après l'expérience de la plateforme, nous étions appelés à évoluer en responsabilités.

Depuis, il a une petite mine.

Je vais l'emmener prendre un verre, après le boulot. Histoire de lui tirer les vers du nez.

(...)

J'apprends qu'il avait eu une nana là-bas. Une musulmane yearling (pur-sang). Ils avaient gardé le secret. Le christianisme de l'un et l’islam de l'autre n'allaient pas faire bon ménage. « Je ne pouvais pas l'emmener en France. Les miens auraient eu une attaque. En plus, elle était enceinte. Une double attaque pour les miens. Je ne pouvais pas être un bon père dans la situation caractérisée. »

Il n'a pas l'air de trop souffrir. Un peu quand-même peut-être. Le minimum syndical. Un alibi. Passagèrement. Et encore.

Il est des nôtres, je trouve.

(Et tout cas, il est bien armé pour.) (Je crois.)

 

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2 janvier 2018 2 02 /01 /janvier /2018 11:40

 

 

 

Pipi au lit

 

 

Qui n'a pas fait pipi au lit ? Moi, j'en ai fait, moi. Mon souvenir en est encore vif. Très vif. Plus que très vif. Sans fin. Et pour cause. Mon fils fait toujours pipi au lit. Il a dix ans. Il dort toujours avec moi.

Nous faisons chambre à part, mon mari et moi. Mon fils et moi, non.

Son urine enfantine certes, mais urine avant tout, d'abord chaude et envahissante, lorsqu'il se soulage pendant la nuit, ensuite froide et odorante, me rappelle mes nuits pré-maritales, quand j'envoyais dans les draps le pipi jaune et chaud... C'est Jérôme qui a arrêté tout ça. Une fois la nuit de noces passée, une fois ma fleur déflorée ou flétrie, comme vous voulez, j'ai arrêté les mictions incontrôlées et nocturnes. Un élément étranger et frustrant était intervenu dans ma vie. Dans mon esprit. Dans mon corps. Je n'ai jamais inondé mon mari de mon pipi nocturne. Mon fils, par contre, m'inonde tous les deux jours, enfin, toutes les deux nuits, de son urine. Et finalement, ça ne m'est pas désagréable. Sa petite bite n'entre pas en érection. Ou je ne m'en rends pas compte, peut-être. Peut-être. Elle n'est pas encore érectile. Son pipi, je veux dire, n'est pas encore séminal. Je serais tentée de dire « spermique », mais le dictionnaire s'y oppose. Même si le sens de ce mot inexistant serait plus proche de la réalité qui nous préoccupe. Qui me préoccupe.

Qui. Me.

Depuis dix ans (ou presque) je dors dans le pipi de mon fils. Le regard de mon mari est torturé. Mais il me supporte. Il nous supporte. Je me demande comment fait-il pour nous supporter ainsi, « pipieux » tels que nous sommes. Il me fait l'amour parfois. Après que j'ai pris une bonne et longue douche, évidemment. Il lui arrive de m'inviter de prendre la douche ensemble. Histoire de s'assurer de ma propreté... Mais pas seulement.

Nous nous aimons, peut-être.

Je ne sais pas.

 

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31 décembre 2017 7 31 /12 /décembre /2017 09:47

Le sexe

 

 

Si c'est vrai ou pas, je ne saurai le dire. Si ça me convient ou pas, ça c'est plus simple. Ça me convient. Et largement.

J'ai une relation très fusionnelle avec Pierre. Nous sommes mari et femme plus qu'on ne l'imagine. La langue n'est pas innocente. J'ai dit « mari et femme ». Pierre est mon mari ou, plus largement, « un » mari. Tandis que moi, je suis sa femme ou plus largement une femme. Mari et femme, c'est pas pareil. Non seulement à cause du sexe, mais à cause des dimensions, du pouvoir de contenance. La femme est capable de contenir l'homme.

Ma vision dans ce sens présente des connotations physiques et chimiques.

En somme, suite à une certaine concentration de féminité, on cristallise et ensuite on sublime en masculinité. 

L'image vaut ce qu'elle vaut. Pour moi, elle est parfaite. Dans l'océan de féminité, quand la féminité se voit concentrée soit par évaporation, soit par un apport fluvial accru d'hormones, des cristaux de masculinité font brusquement leur apparition. Des fleurs solides et rigides. On pourrait croire qu'il s'agirait d'une solution cristallisée d'une manière particulière de féminité-masculinité avec une prépondérance féminine. On pourrait croire que la masculinité serait soluble dans la féminité. Qu'elle cristallise et fleurit dans la féminité. Dedans.

Mais ce n'est pas le cas.

- Dans ma vision.

Oui. Tout près, dans ma vision.

Il s'agit de la féminité substantielle. De la substance féminine à l'état pur.

Et du coup, comme conclusion d'une certaine concentration sur soi, la féminité passe partiellement en masculinité.

C'est la réplique, si l'on veut, du mythe de la création d’Ève. L'homme se crée de la femme. Dans le monde, il y a toujours plus de féminité que de masculinité.

Les cristaux masculins deviennent de plus en plus nombreux, mais sans arriver à submerger physiquement la féminité. Et pour cause. À partir d'une certaine concentration, la masculinité cristallisée sublime. Elle passe directement dans l'état gazeux, en se rependant dans l'atmosphère et dans l'Univers pour revenir dans la féminité sous forme liquide ou météorique.

- C'est la fécondation.

Mais, jusque là, la féminité se retrouve un peu seule. Elle se re-concentre sur elle-même. Les cristaux de masculinité – fruit de cette concentration féminine – font de nouveau leur apparition. Et ainsi de suite. De suite – jusqu'au moment où le sexe final se décide.

- Le sexe de l'enfant.

- Le sexe du monde.

- Le sexe.

 

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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 08:34

Maman !

 

 

Tu sais, maman ? Lorsque je viens te voir, je vis chaque fois l’impression que le temps est une grosse aberration. Le temps qu’on ait passé ensemble me parait beaucoup plus long que celui écoulé depuis, après ton départ. Je n’emploie pas – tu vois ? – le mot « mort ». Le concept. L’idée. La réalité. Arithmétiquement ce n’est pas vrai. Tu es partie lorsque j’avais quarante-deux ans. Je m’en souviens parfaitement. Tu étais extrêmement affaiblie, diminuée..., déjà vieille... Aujourd’hui, j’ai dépassé le seuil du quatre-vingt-onzième anniversaire... Bientôt un demi-siècle sans toi, donc... La première partie me parait, pourtant, toujours la plus longue, la plus riche, la plus réelle... Lorsqu’on est jeune, on est plus sensible car plus réceptif, nous diras-tu. C’est vrai ! Et si l’on regarde les jeunes d’aujourd’hui - je parle de Pierrot, de Milly, de Loulou, de Jean-François et de Liliane, tes arrière-petits enfants que tu n’as pas connus..., et qui ne t’ont pas connue non plus, eux, même si je les ai fait venir ici, sur ta tombe, pour qu’ils sachent un petit peu que la vie ne commence pas avec eux, et qu’elle ne finit non plus avec eux, encore que ça n’est pas encore prouvé ; ils ont encore quelques bonnes années devant eux, avant de se mettre, eux aussi, dans leur génération, à s’entremêler les entrailles pour pondre..., pour faire augmenter et grossir  l’humanité fractalisée et fractalisante (pour employer une expression tout aussi contemporaine que stupide)... Alors, on est parti de quoi ? Ah, oui ! Donc, lorsque je les regarde, je m’étonne de la différence de sensibilité entre eux et nous. Nous, pour ainsi dire encore. Car il n’y a presque plus de « nous ». Marie est morte. Christian et Élisabeth aussi ... Comme la plupart de mes amis d’antan, d’ailleurs. Je suis resté assez seul, maman. Assez seul. Mais, ce que j’ai voulu dire c’est que les petits, dont je viens de te parler, que tu n’as pas connus, ont une sensibilité presque intégralement autre par rapport à la mienne lorsque j’avais leur âge. Je veux dire qu’ils parlent de choses qui me sont complètement étrangères. Des trucs liés à l’informatique, à la génétique, à la bionique, à toutes autres sortes de « ique », à l’astral, à la nanotechnologie, au virtuel, à l’irréel, à la drogue, à une sexualité non pas débridée, même pas disjonctée, mais détournée. Pour ainsi dire, aujourd’hui, au bout, tout comme au fond du sexe, il n’y a plus l’enfant. Le sexe contemporain a changé fondamentalement. L’enfant se trouve, reste, est ailleurs. Il est fabriqué ailleurs. Il se fabrique ailleurs. Il vient d’ailleurs. S’il vient encore !... Il n’y a plus, je dirais même, il ne reste plus d’enfant. Mais il y a, il reste, le plaisir. Ou, pire encore, le devoir de plaisir. Et, en revanche, ils me regardent comme un extraterrestre quand je leur dis que mon père est mort pendant la Grande Guerre et que moi, dans ma jeunesse, après ma Guerre, la Deuxième, je suis devenu communiste. La guerre et le communisme, pour eux, tout comme l’holocauste ou l’interdiction de l’avortement, c’est du cinéma. Et encore ! Et qui sait s’ils n’ont pas raison, eux, tout compte fait ? Mais, ce n’est pas ça. Ce que je voulais te dire aujourd’hui, c’est que j’ai découvert un sentiment nouveau. La preuve que ma sensibilité, en dépit de mon âge, n’est pas annulée. Même si ce n’est pas agréable. Il s’agit d’un gars, d’un nouveau venu à la maison de retraite. Il a l’air plus vieux que moi. Et ce n’est pas facile, tu vois ? ! Dès que je l’ai aperçu, je l’ai trouvé antipathique. Il a ouvert ma réserve d’antipathie... Comme dans la jeunesse, quand on juge les gens d’après leur image ; d’après leur cinéma ! Je l’ai tout de suite trouvé, et je le trouve encore et toujours, très antipathique. Il ne m’a rien fait, mais il m’énerve. Il m’irrite. Je le hais, presque (quand j’ai la force…) ! Et pourquoi, donc ?, me demanderas-tu. Et pourquoi, donc ?, me suis-je demandé. Et la réponse s’est fait connaître comme un éclair : parce qu’il est vieux ! Voilà pourquoi, voilà donc ! Ce qui explique pourquoi, maman, je ressens de plus en plus souvent comme de la haine dans certains regards posés sur moi ! Comme dans celui que j’aperçois lorsque je me regarde dans la glace.

 

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28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 09:09

 

 

Papa se prostitue

 

 

Papa se prostitue. Chaque fois que j'y pense, je suis traversée par des frissons obscurs. 

Il a fait sa conversion sur le tard. Après cinquante ans. J'avais un peu plus de vingt-cinq, moi. Il est parti de la maison en camping-car. Trois mois après, nous reçûmes un premier signe de sa part. Une photo en travesti à côté de son camping-car. Au dos il avait marqué « Bois de Boulogne » et la date. Nous restâmes cois, maman, mon frère et moi. La messe était dite. Tu parles d'une messe.

 Je n'ai pas résisté. Je suis allée le voir. Il était bien. Il avait retrouvé (ou seulement trouvé) ses (res)sources fondatrices. Il était dans le bien vouloir de Dieu dorénavant. Plus que jamais.

Il commençait à se faire une clientèle. Des complices. (Il avait déjà « un certain âge ». Ses charmes supposés, il fallait les chercher ailleurs que dans la beauté physique.) Plutôt des copains. Parfois des amis. Des gens complémentaires à lui. Ils le payaient. Mais ce n'était pas l'essentiel. L'essentiel c'était qu'ils se soient retrouvés, lui et les autres – dans la même configuration sexo-sociale. Sociétale. Il se faisait payer pour des choses dont il avait besoin. Assez malin.

Je ne me retrouvais plus en lui. Ce n'était d'ailleurs ni le moment, ni le cas, ni le problème. Son changement de vie l'avait projeté dans un tout autre système de dimensions.

Dans notre enfance, il lui arrivait de nous jeter des regards haineux, de prédateur dominateur, dominant, qui n'avait rien à foutre des états d'âme de sa proie soumise, de sa victime. C'était lorsqu'il voulait faire l'amour à sa femme, notre mère. Lorsqu'il voulait la baiser. Il lui imposait la baise. Il était La Force. Il avait tous les droits.

L’Univers était clairement configuré et éclairé.

Elle, à son tour, en réclamait. (Elle se faisait baiser. Elle nous trahissait, nous, ses enfants. En même temps, pas trop. Elle se soumettait à un certain état d'esprit-univers qui faisait d'elle une sorte de reine-calice capable de tout absorber, le bien et le mal, la vie d'avant, la vie, la vie d'après arrivant en formation restreinte par le tuyau phallique non seulement « virilique » mais aussi, voire surtout paternel.)

La machine paraissait bien huilée.

Maintenant, il avait changé de direction à cent quatre-vingts degrés. Il était tantôt le dominateur, tantôt le soumis. Pareil, lorsqu'il couchait (encore) avec des femmes. Il se faisait caresser-insulter-battre-baiser. Il caressait-insultait-battait-baisait. Dans l'air, sur la terre, dans l'eau, dans le feu.

La bisexualité masculine est due à une virilité exacerbée, aveugle. Avec comme comble, la prostitution. 

Je sens pousser en moi quelque chose de très secret, a-corporel. (Le nouvel état-univers de papa réveille, soulève même, la maternité protectrice mais aussi initiatique sexuellement – endormie en moi.)

Je ne dirais pas que, en se prostituant, papa prostituerait le monde. Le monde a été, est et sera toujours fondé sur la prostitution. (C'est dans ce sens que papa aurait retrouvé ses ressources. En s'abandonnant au bien vouloir de Dieu. ) Le monde n'existerait même pas sans son système prostitutionnel (ancré aujourd'hui dans les tréfonds besogneux de l'individualisme). Il s'agit d'un état d'esprit-univers qui leur va très bien. Au monde. À papa. Qui me va très bien.

C'est la règle vue par l'exception. À travers l'exception. 

(...)

Je me trouve très intelligente. Énervante même. (Pour autant.) (Insupportable ?)

Je dis :

- Un homme qui se prostitue, sape la société solide où la prostitution est réservée aux femmes (en tant qu'endroit, en tant qu'Univers Socio-Sexuel Hyper-Résistant).

(Papa se prostitue ! Il me fait penser à moi, sa fille !)

 

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27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 14:45

 

 

 

 

Ma fille criminelle

 

 

Je l'attends à la sortie de la prison. Elle n'a plus que moi. On avait décidé qu'elle n'était pas folle. Elle a eu uniquement trois moments de folie. En l'occurrence lorsqu'elle a fait congeler ses trois bébés dans le deuxième congélateur de la cave. C'est ce que les spécialistes ont dit. Ensuite, elle aurait retrouvé chaque fois ses esprits. Elle serait redevenue normale. Chaque fois. Paroles de spécialistes.

Oui, normale. Quoi de plus normal que de faire trois enfants, de les tuer, de les congeler et de dire ensuite qu'on ne s’en souvient même pas.

Je suis sa mère. Donc je la crois. Elle ne se souvient de rien – si elle le dit. Ce n'est pas elle qui a tué les nouveaux-nés. C'est le Diable. C'est Celui qui loge en elle. Ou peut-être pas le Diable, pas Lui. Pourquoi le Diable, lorsqu'on voit que la vie peut être enlevée aussi simplement (très) ?

- Trois bébés surgelés.

Son mari s'est pendu. (Comme une protestation contre ce qu'elle avait fait. Il s'est pendu dans la cave, à côté de l'endroit où jadis se trouvait le congélateur des bébés.)

Le procès s'est déroulé à huis clos. Lorsqu'on m'a fait aller à la barre, j'ai pu la regarder. Elle avait l'air endormi.

Elle n'était pas réveillée à l'hôpital non plus. Je pensais que c'était dû aux drogues administrées. Possible. Même probable. Elle me l'a confirmé à l'hôpital. Je l'ai crue. C'est ma fille, merde ! Mon Dieu ! Si je ne la crois pas, moi, qui d'autre pourrait le faire ? Les mères sont faites pour cela. Ou à peu près. Elles sont là aussi pour dire ce que les autres ne trouvent pas bon ou n'osent pas dire. Faire ce que les autres ne trouvent pas bon ou n'osent pas faire.

Elle avait donc l'air endormi au tribunal. Pareil, à l'hôpital. Pareil plus tard, en prison. Il y avait quelque chose de cassé en elle. Aurait-elle compris ce qu'elle avait fait ?

Je pose des questions primaires, rudimentaires, à la hauteur des faits. Je n'ose pas trop dire « crimes ». Même si c'est de cela dont il s'agit. De crimes.

C'est la cinquième cigarette que j'allume. Il fait beau, mais très froid dehors. Le chauffage marche bien dans la voiture.

Elle va sortir bientôt. Comment sera-t-elle ? Elle est ma fille, d'accord. Mais comment ?

 

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 15:00

L'urne funéraire maternelle

 

 

Croyez moi, la vie réserve des surprises.

Le dernier exemple en date, l'histoire de Marjolaine, Léon, Gabrielle et la sœur de cette dernière.

Marjolaine est la fille (chérie ou pas, on ne le saura jamais) de Titus Livius (si, si, ça existe !) et de Michelle. Michelle mourut il y a vingt ans. Titus Livius, d'un commun accord avec sa fille, Marjolaine, garda pas mal d'objets du couple (« pas mal ? tu parles ! tous, absolument tous ! » – les yeux de Marjolaine à moitié fermés, brillaient comme des lames de bistouri en articulant ces mots) et prit vite (trop vite ?) comme épouse Gabrielle, une jeune femme « bonne à rien et prête à tout », selon Marjolaine, d'un âge comparable (très) à celui de Marjolaine. La haine réciproque de ces deux femmes fut instantanée, violente et féroce, permanente. Elles se haïrent grave dès le début : depuis toujours.

La chose était toujours valable, donc, à l'heure de ce récit. Et cela malgré le cancer du sein dont souffrait Gabrielle. Malgré sa minceur et sa pâleur. Malgré sa faiblesse manifeste.

- Marjolaine ne pouvait pas ne pas la haïr et la haïr encore et encore.

Mentionnons ensuite le patchwork conçu et réalisé par ladite Gabrielle, qui enveloppait l'urne contenant les cendres de Michelle. Marjolaine s'imaginait les scènes d'amour (de la fellation au cunnilingus, jusqu'aux pires séquences SM) consommées sur le tapis floconneux en laine de chèvre de Cappadoce, devant le feu allumé dans la cheminée et sur le marbre de laquelle veillait au bonheur du couple – des salauds et des pervers ! – l'urne mortuaire.

Marjolaine, même contente que la menue et pâle veuve souffrit d'un cancer du sein, était outrée.

Léon, son compagnon supportait ces sorties avec un certain stoïcisme et avec une certaine résignation. Marjolaine était quand même une « good girl ». Ce qui explique qu'il eut accepté de l'accompagner chez Gabrielle – pour lui servir de garde-fous.

- Le cas où.

Marjolaine et Léon furent reçus par Gabrielle et la sœur de celle-ci. Cette dernière, les cheveux gris coupés court, sévère, probablement lesbienne, était censée jouer le même rôle que Léon : catalyseur, garde-fous

- Le cas où.

Le rôle joué par ces deux, Léon et la sœur de Gabrielle, fut parfait jusqu'à la fin. Peu d'aspérités, aucune dispute. La tension fut présente mais les convenances furent bien gardées.

À la fin, pourtant tout foira.

À la fin on découvrit que l'urne était vide.

Crise, crise, crise ! De tous les côtés ! Crise !

Qui a pu avoir cette idée plus que macabre et dégueulasse de jeter les cendres de la feue femme du feu mari de Gabrielle, les cendres maternelles de la mère de Marjolaine ? Marjolaine laissa entendre qu'elle soupçonnait Gabrielle. Une salope plus que perverse ! Cette lesbienne de sœur de Gabrielle, de son côté, insinua que c'était Titus Livius qui l'avait fait. Un salaud plus que pervers !

(Après, qui a eu la curiosité morbide d'ouvrir l'urne de la feue mère de Marjolaine et de regarder qu'est-qu'il y avait à l'intérieur ? Qui, alors, s'il vous plaît ? Hein ? ! )

Gabrielle, menue, pâle, souffrante, jeta des regards de chien battu et soumis vers Léon. Une chienne ! Léon manifesta sa non-indifférence silencieuse. Marjolaine et la gouine de sœur de Gabrielle remarquèrent le jeu des deux. Échaudées, brûlées, écorchées intérieurement, elles s'indignèrent – en silence. Elles échangèrent, à leur tour, des regards. Elles se retrouvèrent sur la même longueur d'onde. Elles étaient dans une situation inexprimable. Inextricable.

Moi, en tant que narrateur quitterai ici la scène. Désemparé. Déboussolé. Craintif. Sur la pointe des pieds.

Et vous, avec moi.

 

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20 décembre 2017 3 20 /12 /décembre /2017 08:24

 

Mère aveugle

 

 

Je sentis qu'un jour je serai capable de choses insoupçonnées. Notamment, je serai capable de lire. Aussi, capable d'écrire. Lire et écrire, d'ailleurs, n'existent pas l'un sans l'autre.

Je serai amené à lire dans un livre étrange (un livre-organe écrit loin de notre compréhension de mortels) : « L'homme est appelé à vivre de tous se organes ».

Ceci sera pour plus tard, naturellement, beaucoup plus tard. Et ce sera naturellement.

Tout naturellement.

Pour l'instant, cependant, contentons-nous de dire que j'ai encore cinq mois avant de quitter la vie fœtale et de prendre le large. Encore cinq mois avant de mourir en quelque sorte et de naître en quelque sorte, en sortant du ventre de maman.

Ce ventre, que maman caresse de plus en plus. Elle sent ainsi ma présence d'une autre manière que celle-ci est saisie par les d'organes qui m'entourent, qui travaillent pour moi à travers maman et que je maltraite en grandissant.

En se caressant le ventre, maman me rassure : elle sait qu'elle est ma maman. Elle se rassure elle aussi : elle « donnera la vie ». « La » vie, en l'occurrence, la mienne ; ma vie à moi, qui est déjà présente qu'elle le veuille ou pas, maman. D'ailleurs, elle ne sait même pas ce qu'elle a fait pour faire ce qu'elle croire faire : donner la vie ; ma vie.

Je suis présent, moi !

Un jour, je contemplerai la biosphère et je céderai nerveusement. Je deviendrai fou car je me dirai qu'il n'est pas possible que toute cette complexité n'ait pas un sens conscient, ou du moins accessible pour la conscience, conscientisable.

L'autre conscience, la conscience folle, on pourrait en parler à l'infini.

Ma mère est non-voyante. Aveugle. Elle a deux yeux. Elle a l'organe de la vue, mais pas la vue. Elle est née comme ça, sans vue. Elle ne peut pas « vivre de tous ses organes », comme écrit dans le livre trop étrange dont il fut question ci-dessus et que je lirai un jour.

Quand elle met ses mains sur son ventre – et sur moi –, elle me voit je dirais mieux qu'une femme « normale » qui voit. La vue invisible de maman est plus forte que celle visible d'une autre, que celle d'une femme « normale ». Cette dernière est aveuglée. Elle voit « normalement ». Uniquement. Elle ne ME voit pas comme ME voit maman. MA mère AVEUGLE.

 

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14 décembre 2017 4 14 /12 /décembre /2017 08:58

Ce ne serait que justice

 

 

Nous sommes stériles, toutes les deux. Depuis toujours et pour toujours, je crois. D'où notre amitié, je crois. Sinon, nous n'avons pas grand chose en commun. Mais l'amitié de deux femmes stériles, ne peut être que la plus forte des amitiés du monde. L'amitié du désespoir. L'amitié du désastre. L'amitié de l'infernal. Du létal.

Je ne crois pas me tromper.

Elle s'est mariée avec l'intention de mourir en beauté. Tout en beauté. Bellement. Parce qu'il ne serait pas la même chose de mourir sans époux, qu'avec – voyez vous !

Elle est un peu bête, me suis-je dit en assistant à son mariage en tant que témoin.

Oui, seulement que, six mois après ce mariage, ils ont décidé d'adopter. Ils en avaient les moyens. Ils sont allés chercher leurs morveux loin, au Haïti. Deux garçons noirs et trop vifs.

Elle se plaint. Elle ne résiste plus. Ils courent et crient toute la journée. Elle n'a pas assez d'énergie pour leur courir après. Les protéger. Les gronder. Les punir. Les câliner. Elle pavane. Elle frime.

Ils sont beaux, ses diablotins. Ils prennent les choses comme elles viennent. La vie qui se trouve dans ces choses. Ils la prennent telle qu'elle. Ils débordent d'une force de mec. Ils seront des mâles.

- J'ai des larmes aux yeux.

Je cache mon émotion. Je ne suis pas trop bien. Pas bien du tout, à vrai dire. Je trouve tout ça fort injuste.

Ils sont heureux. Heureux l'un de l'autre. Comment dire. Avec leurs gamins – tous les quatre. C'est un bonheur qui ne peut faire du bien qu'à eux seuls. À moi de toute façon c'est non. Je ne suis pas habituée au bonheur des autres. À vivre avec. Il m'agace, ce bonheur des autres. Il ne peut être qu'artificiel. Au mieux, faux. Le bonheur se gagne. Se paye. Qu'est-ce qu'ils font les autres, tous, pour le mériter ? L'ont-ils gagné ? L'ont-ils payé ? Aucunement. J'en suis sûre. Plus que ! Je sais, moi, ce que gagner et payer le bonheur veut dire. Ou, plutôt, ne pas le gagner, mais le payer en revanche. Le payer cher. En plus. Très cher.

Je sais ce que je vais faire.

Je vais les faire divorcer. Tout en douceur. D'une manière inobservable.

Ce ne serait que justice.

Elle n'a pas besoin et d'un mari heureux et des enfants heureux. Elle n'a pas le droit à tout ça.

Je vais la faire divorcer.

Maintenant.

Sur place.

Tout de suite.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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