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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 08:32

 

Quatre formes nécessaire de folie obligatoire - Ne pas mourir 17

 

La tête de l’Immortel pue à gerber. Il meurt trop lentement. Ses cellules ne cessent pas de résister. Elles ne se suicident pas ; pas assez. Des zombies. Le vieux n’est plus qu’un zombie. Les déjections dérivées de sa physiologie spirituelle lui donnent l’air très sage. L’air de quelqu’un qui sait. Il a l’air de savoir ce qui s’est passé entre la vieille et moi. Avec moi et avec l’Ineffable. Mais moi (c’est-à-dire, lui, Patrice), je ne veux pas qu’il le sache. Je ne veux pas que le monde soit connecté à ce qui s’est passé entre la vieille et moi. Avec l’Ineffable et avec moi.

- Notre péripétie ne regarde personne !

Pourquoi fait-il briller dans ses yeux une telle flamme (comme s’il en savait plus sur moi que moi-même) ? Dans son regard, la haine et le sarcasme malveillant lacèrent incessamment le monde. (Un genre bien particulier de sagesse !)

Du coup, ses cellules en attente de suicide se mettent à exhaler une atmosphère nauséabonde interne.

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La question fendue et étagée qui s'avère plus qu’importante aujourd’hui, reprend ses contorsions torturantes : _______________ La vie et la mort et leur nature commune ! _______________ Les liens consubstantielles qu’elles tissent sans discontinuer ! _______________ Et tant pis pour la ressemblance et, au contrarie, pour la diversification des cellules. _______________ Pour la diversification de leurs vies et de leurs morts ! _______________ Tant pis pour la ressemblance et la diversification des organismes vaquant dans l'Univers – avec leurs vies et leurs morts intérieures unicellulaires !

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Ni la cellule, ni l’organe, ni l’organisme – et encore moins l’humain – ne peuvent exister autrement que « seuls à plusieurs » . Dans des singularités accélérées mais jamais abouties. En collectivité. Une collectivité ni entièrement biologique, ni entièrement mathématique, spéciale. Seuls à l’intérieur de leur propre contour incertain enjambé et percé sans discontinuer par ceux avec qui ils sont compatibles.

D’où la conclusion qui s’impose : il n’y a pas eu de cellule unique au commencement du monde.

À la fin du monde non plus, il n’y en aura pas.

Il n’y a pas eu une mais des cellules princeps, il n’y en aura pas une mais des cellules finales.

La vie-et-mort est une action (œuvre) collective.

<>

Lorsque je regarde ce vieux envenimé, je revois, avec trop de clarté, tout ce qui vient d’être dit. Ce sont des produits collectifs, ces gens-là, ses parents, sa race. Avec ses cellules mourantes qui me paraissent cryogéniques et malodorantes (mais qui, si l’on croyait aux toiles de Lucie, cacheraient des merveilles « coloristiques », « perspectiviques », « volumiques »), il est une expression de sa collectivité. Ses proches, qu’il rejette sans trop de conviction, y participent. (Comme les planètes à la vie du soleil1 ?) _______________ De même, ses souvenirs. _______________ Mais lui tout seul, il n’est le produit de rien. Il n’est rien.

- Jamais il ne sera une œuvre solitaire, divine.

 

 

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1 Culbute :

Si notre regard était matériel, il devait avoir une influence sur l’objet regardé. À la hauteur des modifications opérées par l’objet regardé sur et à l’intérieur de nous. Après avoir regardé un objet, le regardant n’est plus le même. _______________ Il a créé et consommé du regard. Il doit s'en ressourcer. Il doit convertir une partie de son énergie (c'est quoi l'énergie ; c'est quoi une partie d'énergie ?) en force regardante, en regard. _______________ Mais quid de l’objet regardé ? Dans un monde matériel, il doit y avoir modification autant à l’intérieur du regardant qu’à l’intérieur du regardé. Regarder n’est pas innocent. On ne regarde pas impunément.

Alors, quel est l’effet de notre regard sur le soleil ?

...Et si on prenait en compte tous les êtres dotés de vision, qui regardent au moins une fois par jour le soleil... ? (Les modification apportées à la masse vivante et regardante – et pas seulement –, plus les modifications apportées au soleil par le(s) capteur(s), donnent le vertige ; la nausée ; le vomi _______________ Mais assez d’intelligence dispensée à droite, à gauche, vers le haut et vers le bas – pour rien. Pour rien et rien et rien ! ! ! ! ! )

 

 

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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 09:39

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 16

 

Je crois avoir couché avec elle. J’ai vécu cela dans la zone précise où mon esprit fait la jonction avec ma chair. Notre moment de fusion fut réel. Dans l’étreinte chaude-froide de ses bras peau-et-os, de ses cuisses maigres, décharnées, sèches, j’ai trouvé la chaleur nécessaire à une éjaculation sans paire. _______________ Il y avait tellement de tristesse autour de nous, que nous laissâmes échapper chacun quelques petits soupirs. Quelques petites larmes. Notre amour fut unique. De la vase brûlante et froide. Au bord de la mort. Volatile.

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Patrice, donc, ne serait pas loin de constater qu’il nourrissait des envies pas trop orthodoxe. Il se sent à l’aise dans ces limites. Elles lui étaient propres. Le définissaient. Entre la vieille, avec sa lumière vitale pleine d’amour et, plus tard, la jeune vaironne, avec la mort qu’elle faisait vivre dans ses peintures…

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Patrice capte la mort manipulée par Lucie comme une pré-mort. Aussi, comme une réalité située dans la zone du méta ou du para. C’est-à-dire, à l’extérieur de la mort. _______________ « - Dehors. » _______________ Il dira que ce que « produit » la jeune et vitale propriétaire de ces petits seins-ci, couleur pêche, aux bouts roses, n’a rien à voir avec la mort élémentaire. Il ne dira pas fondamentale (atomique, moléculaire), mais cellulaire. _______________ « - La mort de base siège dans les cellules. » _______________ Ce n’est pas une folie, ni une déviation. _______________ « - Les cellules meurent en se suicidant. » _______________ Leur mort, élémentaire, est auto-déclanchée. Une autre paire de manche que la mort totale, générale, absolue _______________ dans la mesure où elle vise non seulement la bio-vie (en contraste avec la bio-mort), mais l’existence même, dans son intégralité. _______________ Il ne veut pas aujourd’hui se prendre la tête avec cela. A d’autres soucis. Des soucis agréables. Heureusement. Parfois, de vrais plaisirs. _______________ Et ça, alors ça !, c’est fou ! _______________ « - J’adore ! »

 

 

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8 juin 2020 1 08 /06 /juin /2020 07:35

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 15

 

Je me vois _______________ grimper dans un arbre, choisir _______________ une branche grosse, solide, attacher _______________ la corde. Je mets ma tête dans le nœud coulant. Je me jette dans le vide. _______________ Il fait beau. L’automne est chaud. La lumière, éclatante. _______________ Je pédale dans le vide. Je pendule.

On me trouvera sur le tard _______________ très. Méconnaissable. Les yeux envahis par les fourmis et les vers, picorés par les oiseaux.

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La responsabilité n’est qu’une piètre bêtise. _______________ Une folie. _______________ Aucune frontière entre elles. _______________ On peut gloser à l'infini sur ce. _______________ Autant que sur la mort. _______________ Dans ma tête. _______________ Ou ailleurs. _______________ Un ailleurs indéfini mais protéique, charnel, présent. – là où cela se passe.

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Patrice s’est perdu de vue. _______________ Je ne me voyais plus. _______________ Déjà quand il se regardait dans le miroir, tout devenait inconsistant. _______________ Je n’avais plus de touche avec ma propre image. _______________ Ni quand le regard des autres (une autre sorte de miroir) aurait pu lui donner une image de ce qu’il était _______________ je ne comprenais plus ce que je pouvais être. Ni même en me torturant._______________ Ni même en se torturant l’esprit (dans le but de s’imaginer, au pire de s’inventer lui-même), le résultat n’était pas meilleur. _______________ Je n’existais plus, du moins pour moi-même. _______________ Les vampires n'ont pas d'image dans le miroir. _______________ Et tu parles d'un auto-portrait. _______________ Lorsqu'il se regardait, il se voyait confronté à la vieille Ineffable. Il se faisait absorber par elle, par ce qu'il apercevait d'elle, comme l’eau salée de l’océan absorbe l’eau douce de la terre et du ciel.

 

 

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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 08:22

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 14

 

L’art de l’autoportrait ne m’est pas familier. Mon autoportrait n’est même pas une ébauche. Ni caricatural. Il est une autre chose que moi-même.

Je trouve que ma folie, ma vérité (ma mort ?) est d’une autre nature que celle qui accompagne la vision de soi-même. Qui la détermine.

En tout cas, si je m’occupe encore de moi-même, c’est par conditionnement et par fatalisme.

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Quand je parle de Patrice (de moi), je le mets dans un autoportrait. Idem pour les cas où Patrice (moi) parle de moi (de Patrice).

- On me fait du tort lorsqu’on me met dans un autoportrait.

Dire que les religions qui interdisent la représentation et de la figure humaine et de celle de Dieu, n’aurait pas tort.

 

 

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2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 07:04

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 13

 

Je suis un homme sans monde. Une personne sans monde. Quelqu’un loin de toute histoire, loin d’avoir une histoire, loin d’être un personnage. Le monde grouille d’histoires et de leurs personnages. Je ne suis pas l’habitant du monde des histoires composant l’Histoire, voire l’Humanité. Ce monde a besoin de personnages porteurs d’histoires. Je n’en ne fais pas partie._______________ Je me permet de dire que, si j’existais, je devais être le JE SUIS._______________ Je ne suis pas une personne trop sympathique.

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Si l’Histoire voulait nous porter, avec ou sans histoires, nous lui souhaitons beaucoup de courage. Ça ce fera sans nous. Nous ne portons pas les histoires (les envies, les rêves) de l’Histoire._______________ Nous, Patrice-Moi, n'avons pas des qualités qui fassent frémir. Nous n'avons pas des qualités tout court. Même si ce sont les qualités de tout un chacun qui rendent le monde saisissable, qui lui donnent de la consistance, qui créent sa réalité.

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Pour la vieille, les différences entre l’âme, l’esprit et la volonté étaient devenues insaisissables. Il n’y avait pas d’affrontement entre la vie et la mort. La vie et la mort étaient, sinon la même chose, de la même nature.

Pour le vieux, au contraire, le clivage entre la mort et la vie se montre beaucoup plus fort. Ses cellules s’efforcent de mourir selon la règle qui leur avait été donnée. _______________ Mais on s’y oppose. _______________ On : la famille de l’Immortel agacée. On : un mauvais Dieu.

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Pour moi, le corps truffé de neurones dont l’activité contourne l’univers de la parole _______________ l'univers qui parle _______________ les mots sont inutiles. En tout cas, inadaptés.

(Ce type de neurones ont affaire par exemple aux couleurs ou aux odeurs. Ils fabriquent des couleurs ou des odeurs dans le corps humain. Des couleurs ou des odeurs différents, parce qu’eux-mêmes, ces neurones sont spécifiques, différents.)

D’une certaine manière, c’est cette qualité qui m’attache à Lucie. Pour elle c’est pareil. Elle n’est pas adaptée à la parole mais aux formes et aux couleurs (qu’elle porte de par le monde autrement que la plupart des gens).

 

 

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 07:10

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 12

 

Un jour, quelque chose se passa dans un endroit bien caché de l’Univers1. Les répercussions sur Patrice, sur ses interrogations (ni scientifiques, ni empiriques, ni psys, ni non-psys), sur sa mère, sur sa Lucie, sur son Immortel se firent sentir comme un grondement roulé parmi des infrasons. Comme une explosion d’infralumière. Comme une promesse de chaleur extérieure, non-recevable _______________ fausse.

Patrice allait se trouver, au temps de l’histoire présente, devant une réflexion dont il ne pouvait pas encore mesurer l’amplitude : _______________ L’identité de l’Immortel serait tributaire à ses enfants. Il paraît. L’identité de tout un chacun est faite surtout de et par ses enfants. De et par son appartenance à ses enfants.

Alors, l’identité du vieux ?

Faisions-nous une fixation à ce sujet ? Nous n’avons pas des rejetons, Patrice et son moi, moi et son Patrice. Ça voulait dire que nous n’aurions pas d’identité ? Fuirions-nous notre identité _______________ Patrice _______________ moi ?

 

 

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1 On compara le phénomène à la future introduction d’un logiciel d’Intelligence Artificielle dans une masse vaporeuse, informe. Une introduction ratée, bien sûr, car décidément prématurée. La masse était trop grande, vaporeuse et informe pour le petit logiciel abandonné au milieu de ses courants chaotiques. Le transhumanisme n’était pas encore en vogue. Le monde ne s’inquiétait nullement à l’endroit de ce fléau en état de pré-incubation. L’infini et l’éternité se tenaient aux carreaux. Seulement quelque illuminés s’en préoccupaient. Et encore pas tous en même temps. C’était encore un divertissement. Quelque chose pour les philosophes ou assimilées, et non pas pour les cerveaux sérieux.

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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 08:52

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 11

 

L’haleine de Lucie est parfumée, fine. Très propre. Ses entrailles envoient au monde une agréable fraîcheur chaude, qui me subjugue.

Nous rentrons de chez MacDo. Nous nous y sommes retrouvés à midi pour manger un morceau ensemble. Pour oublier un peu la hantise qui nous torture.

Nous ne sommes plus de ce monde, on dirait. Au lieu de penser chacun à soi-même, on pense à la mort, moyennant la mort de l'Immortel.

Nous guettons la mort. Les morts. Chacun de son côté. Nous sommes effrayés. Nos âmes, trop jeunes pour de telles confrontations létales, trouvent refuge et réconfort dans un baiser… tendre et réciproquement compréhensif. _______________ Nous savons chacun l’épouvante de l’autre. _______________ L’atmosphère de complicité indifférente, régie par des réflexes rassurants, a estompé l’angoisse sourde et silencieuse. Nous a apaisé. _______________ Il est bien de s’incarner de temps à autre ; de retrouver ainsi la chaleur, la pulsion sanguine ; de s’écrouler – dans une forte érection ; dans une forte pénétration ; dans une forte absorption ; dans une forte éjaculation ; dans un fort orgasme ; dans un fort abandon de soi ; dans une forte sortie de soi ; dans une forte pénétration de l’autre. Il est bien de se perdre ainsi _______________ (pour) s’y retrouver.

 

 

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 08:58

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 10

 

On s’opposa à l’intervention de l’Histoire dans son existence. _______________ Une place toujours plus grande fut réservée au chaos, à l'Occident. _______________ Et au mauvais goût partout – par le Vide Universel. _______________ Patrice fut secoué par un sentiment étrange. Du héroïsme inutile. _______________ Sa petite Ineffable, recroquevillée, endolorie se montrait toujours maîtresse de ses réactions. Et de ses réflexions. _______________ Les livrait avec douceur et parcimonie. Prenait soin de ne pas fatiguer son interlocuteur, de ne pas l’envahir. Comme s’il ne s’agissait pas des réactions ou des réflexions, mais des appels adressés à l’avenir._______________ Des… prévisions. _______________ L'Ineffable était un champs parfait pour cette bataille. _______________ Prenait un raccourci très raide et déclarait vouloir comprendre le monde scientifiquement et se l’approprier artistiquement. Du romantisme caduc mais très fort. Une tâche surhumaine, sans doute. Impossible peut-être pour elle, en tant que femme, en tant que mère. Ou, qui sait, en tant que malade. _______________ Malade de son fils.

Le fils de la vieille, le travelo, était un zombie qui tirait (tétait) son énergie existentielle (maladive, déviée, d’avorton admis temporairement parmi nous) de sa mère. _______________ Cosmiquement parlant (oui, cosmiquement, et tant pis pour ceux qui n’ont pas le courage de reconnaître leur propre dimension cosmique), si l’Ineffable pouvait être comparée à la Terre qui, tout en recevant beaucoup d’énergie du Soleil, possédait quand même une certaine capacité énergétique propre, le fils pouvait être assimilé à la Lune. _______________ Tant il était exsangue, an-énergique, en montrant toujours au monde la même face livide et inanimée.

- Cela étant, continuait Patrice, il est étonnant que les esprits auxquels j’ai affaire ne se montrent sensibles qu’à l’éventualité de l’extinction du Soleil. Ils n’examinent pas la possibilité de la disparition des planètes. Ils ne voient pas l’utilité de calculer les conséquences que ce fait pourrait avoir sur l’équilibre (vu comme un processus métabolique) du Soleil. _______________ De même, je n’ai jamais entendu quelque chose concernant la disparition de la lune, qui pourrait ébranler l’existence terrestre.

Consommer et/ou fabriquer de l'énergie. Dans quel but ? _______________ C'est quoi l'énergie ? Dans quel but serait-elle quelque chose ?

 

 

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 06:57

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 9

 

Toujours de la physiologie immatérielle. _______________ Patrice prend en compte le cas de l’Immortel.

L’état interne du mourant revenu parmi les vivants lui était devenu subitement très clair. L’Immortel n’était plus capable de faire. Mourir c'est faire et il ne mourait pas. La métabolisation de son esprit, cas minuscule, voire négligeable, de la Grande Métabolisation, n’était pas une création, comme dans le cas de Lucie, mais une excrétion. L’esprit métabolisé, dans son cas, était de la matière corrompue. Il était laid, vieux ; il puait de tête.

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À travers l’Ineffable j’ai aperçu l’Esprit. La matière connue (happée !) par elle s’était dissoute, était devenue transparente à l’intérieur de la vieille. La matière y mutait – notamment en Esprit. _______________ Ils ont quitté la matière, la vieille et son esprit. Ils ont quitté la matière où je demeurais. Ils ont quitté mon extérieur pour gagner mon intérieur, pour envahir mon intérieur – où je n’y étais pas ; pour m’envahir intérieurement. _______________ Avec son fils, les choses se sont passées dans le même registre, mais différemment. La matière y est devenue Désespoir. Pour très peux de temps. _______________ Il se suicida.

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Lorsque la vieille trépassa, la cause de l’existence de son rejeton – prolongée en raison d’être – cessa d’agir. Elle se vida de contenu. D’où le Désespoir et la soif de Néant de ce rejeton. Dont j’en hérite. Sous une forme ahurissante qui ne porte pas de nom ni de contenu.

De côté de l’Immortel, le processus prend le sens contraire. L’esprit devient pesant et opaque. Il renferme le noir de plus en plus pur et lourd de la Matière qui se dirige vers le centre de la gravitation.

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La cabine de l’ascenseur s’arrêta et le brancardier poussa vers l’intérieur la civière sur laquelle se trouvait l’Ineffable. Vieille, menue, ratatinée, avec une expression de souffrance et de grande compréhension sur sa figure. Mais pas seulement. De tout son être exhalait une dimension, une valeur, comment dire, post-humaine. _______________ Inhumaine. (Déjà.)

Après la civière et après le brancardier, c’est le Travesti qui se faufila dans l’ascenseur. Il me salua d’un geste court et sec. Il n’était pas trop pomponné ce matin. Il était presque masculin.

La vieille esquissa un sourire. Un très faible mais très doux sourire. Adressé à personne.

Quant à son fils, il était de toute évidence abasourdi. Elle allait mourir. _______________ Elle fit un geste. Une ombre. Un zeste. Elle voulait dire quelque chose. Son regard était devenu un gouffre béant. _______________ Son fils se pencha vers elle, en la dévisageant intensément. _______________ Elle avait déjà détourné son regard. Elle était déjà perdue.

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Des courts circuits, des raccourcis ! Je sens la rupture, la Grande Rupture qui fend mon être en deux parties inégales et totalement séparées. _______________ Pour Patrice le monde actuel devenait le théâtre d’un clivage qui remettait en question nos idées sur la dimension.

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Une rupture se fit sentie. Le film n'était plus visible. _______________ Patrice n'était plus visible. Il était caché derrière une cloison de non-savoir. _______________ Difficile de dire s'il se cachait ou s'il était caché. _______________ L'ignorance étouffait le monde. _______________ L'Ignorance était en lui. L'ignorance c'était lui.

_______________ _______________ Délire ? Délire ! _______________ _______________

La bataille se donnait dorénavant entre l’adimensionnelle Machine Occidentale et l’Immensité Orientale. Deux géants illimités kitsch à qui mieux mieux, très différents et très puissants, voire déterminants. La Machine Occidentale acceptait le Chaos et, comme conséquence justificative, la volonté. L'Immensité Orientale était en manque de volonté (comme de beaucoup d'autres choses) car rapportée au Vide, au Rien.

Le vieux délirait. _______________ Sérieux ? _______________ L'immortalité le torturait. _______________ La vérité se trouve à l'extérieur. Dès qu'elle pénètre l'humain, elle cesse d'être. L'humanité est le bourreau de la vérité. _______________ La vérité ne peut être domestiqué. Comme preuve, la mort. Dès qu'elle pénètre l'homme elle le déshumanise... _______________ Les parties engagées dans cette confrontation asymétrique nouaient des contacts inattendus et incongrus. _______________ Patrice s’efforçait de repousser une forte sensation d’inconsistance. _______________ Les énergies déchaînées en présence s'avéraient furieuses, démontées. La fureur primaire, élémentaire s’érigeait, dans la déboussole du jeune médecin, en cause initiale des deux dernières conflagrations mondiales. _______________ (L’Histoire ne voulait pas s'effacer.) _______________ De toute évidence, je me perdais dans une scénographie inattendue. Dans une géographie inconnue. Dans une cosmographie indétectable. Qu’est-ce que les deux Guerres avaient à foutre dans ma vie actuelle ? _______________ Cette Histoire, alors !

 

 

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 08:36

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 8

 

Je regarde le vieux à la tête puante. Il tient les yeux fermés. Il respire lentement. À peine audible. Il est calme. Ses mains sont osseuses, immobiles, osseuses et propres. Sa tête puante pue la vie. La vie est toujours présente dans la pièce. Il est toujours en vie, lui. Le mort c’est plutôt moi, Patrice. Ma vie est... morte. Elle existe toujours pour autant. Je ne sais pas. Je ne sais plus. J’ai l’esprit trouble, opaque. J’ai peur. Je me retrouve dans l’Esprit paternel d’Hamlet. Inquiet, assoiffé d’une vérité appelant la vengeance. Ou, Dieu sait. Plutôt non.

- Je ne sais pas quel sont mes besoins.

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Pour être Homme, il faut être seul. La norme humaine doit être la solitude. L’homme doit beaucoup à la solitude. À sa solitude. Entre sa naissance et sa mort, il vit en communauté et maltraite sa solitude ontologique. C’est son délire particulier, spécifique. Son délire vital. Une extravagance.

Entre sa naissance et sa mort, l’homme est irrationnel, dément. Son essence c’est la déraison. Il est l’incarnation de l’escapade. L’incarnation du sens perdu. Son champion.

Pour être Homme il faut être fou. Tout simplement. La raison d’être de l’Homme, c’est tout simplement la folie.

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Les proches du vieux sont loin de partager mon opinion. Je dirais même plus : ils n’en ont rien à cirer. Ils ne savent même pas que j'ai concocté une opinion. _______________ Désagréable. _______________ En tout cas, Patrice ne leur en parle pas. _______________ Je me contente d’échanger avec eux des banalités. Ils peinent à cacher leurs interrogations concernant notre présence, celle de ma mère et la mienne, au chevet de leur père. _______________ Finalement, nous devons leur paraître assez bizarres avec notre « dévotion » professionnelle _______________ suspectes.

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La vie terrestre commence à m’échapper. Opinions comprises. Elle ne me manque pas pourtant. Ni les opinions. La gravitation m'abandonne, me quitte. La terre ne me retient plus. Le soleil ne m'attire pas. L'impondérabilité se déchaîne dans tous les sens _______________ sans raison.

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J’évite de rencontrer les progénitures du vieux. Pas facile. Depuis son retour chez lui, ils viennent tous le voir presque tous les jours. Tous. Et tous les jours. _______________ Leur éternité à eux ! _______________ L’appart de ce précadavre sert plutôt à des rencontres familiales qu’à une veille. Parfois, j’imagine, ils y tiennent même des conseils de famille dans le séjour. _______________ À côté, dans sa chambre, le vieux ne veut pas mourir. Il ne veut ou il ne peut pas. _______________ Il n’a pas un alter-égo approprié.

Pour me protéger – je crois l’avoir déjà dit – je plonge bille en tête dans une activité soit-disant systématique. Je métabolise des réflexions disparates et, en tant que secrétions/excrétions de leur métabolisation, je pratique la fuite en avant. _______________ Je touche (à) la mort pour me préserver de la folie. _______________ Le désordre disparaît, absorbé par des cases inexistantes ailleurs que dans nos têtes de « scientifiques ». _______________ Pour toucher (à) la mort, j’ai mon métier. Lorsque je veux faire sublimer ce métier en art, j’ai Lucie. _______________ (Mais maman, quand est-ce que j’ai maman ? Maman ! !)

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Lucie, de son côté, plonge dans une expression artistique qui refuse la logique et qui s’avère d’autant plus contagieuse. Elle est trop jeune pour pouvoir créer véritablement. _______________ À peine pourrait-elle tomber enceinte. _______________ Enfin ! Voyons ! _______________ Elle calligraphie des idéogrammes sur papier et sur soie. Elle étale des couleurs et des lumières sur des cartons et toiles.

Lorsque Patrice regarde ces peintures, il met une césure entre la couleur et la lumière. Il le fait d’une façon intime.

C’est bon et puissant.

Et moi, Patrice, je suis dément. _______________ C’est mon droit. Ma force. Ma non-mort. Ma vie.

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Les idéogrammes de Lucie transmettent des sentiments-pensées. _______________ À voir – en termes d’auto-transmission – comment se perpétue la civilisation actuelle dans un univers de signes dévitalisés, comment « la culture en soi » fonctionne dans l’aride – sans cause, sans apport, sans support et enfin sans but humain : dans l’inhumain. _______________ Il s’agit, en général, des sentiments-limites, des réalités qui n’ont pas de symbole. Qui n'en auront jamais.

Tombant dans « une flaque d’intelligence », je dirais qu’à l’instar de la nature profondément contradictoire des choses, une terrible énergie rayonne des écriteaux de Lucie. C’est une espèce de physiologie immatérielle a-symbolique, irréelle, habillée tantôt en coup de canon, tantôt en expansion lumineuse soudaine et resplendissante.

 

 

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