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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 09:14

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 7

 

Quant à Lucie, j’embrasse les roses de ses seins, j’absorbe sa salive, j’aspire et pénètre son âme parfumée, le feu doux de son sexe soyeux. _______________ Avec tout ceci, elle fait des tableaux de la mort. _______________ Avec sa vie. _______________ Avec la mienne. _______________ Avec celle de ceux qui meurent qu’elle peint. Exemple : la vie, en tant que mort annoncée, de son grand-père. _______________ Avec tout ce qui meurt en elle, en Lucie, en tant que vie annoncée à peine. _______________ Avec tout ce qu’elle fait vivre dans la mort, Lucie.

Ça me fout la trouille.

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Il a quelque chose d’un père, Patrice, lorsqu’il approche Lucie. _______________ Un père incestueux. _______________ Le mien, je ne le connais même pas… _______________ Elle joue un peu – beaucoup – la Lolita. _______________ Je guette avec une certaine tendresse nostalgique son avenir de femme, de calice volcanique de la fécondité et tout ce que ça veut dire en termes de souffrance et de joie.

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Je sens le putride même quand il s’agit de doses homéopathiques. _______________ Patrice a la vision fulgurante de l’avant-embryon en train de mourir. Il sent cette mort d’une manière particulière. _______________ Il s’agit du fruit de ses propres entrailles. Pas d’air, pas de lumière, un noir tiède, pas de souffrance quantifiable. _______________ Il ignore à qui appartient la fertilité féminine en question. Sa masculinité lui suffit _______________ pour engendrer une sensation, voire un sentiment.

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Elles sont certainement très seules, maman et Lucie. Elles touchent (à) la mort. La mort reste la même. N'est-ce pas bizarre ? _______________ Toujours est-il que la mort du papillon n’est pas la mort de l’éléphant, de la poule, du microbe et j’en passe. Chaque mort succède à une vie particulière, singulière. Elle évoque une vie bien particulière, bien singulière. Sinon, comment ? _______________ À ne rien comprendre, finalement. _______________ Et puis, à quoi bon comprendre ?

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            Elles se soupçonnent réciproquement. Elles sont chacune l’explication de l'autre _______________ et sa. Elles se vampirisent réciproquement.

Par ailleurs, je ne capte pas la vision de la mort portée par les enfants de l’Immortel. Ils s’efforcent de le retenir ici, à coté d’eux, à coté de nous. Pourquoi ? _______________ Considéreraient-ils que la vie serait quelque chose de bon qui impose d’être vécue dans toutes les circonstances possible ? (Cas où ils aimeraient le vieux.) _______________ Ou bien, auraient-ils peur de la mort, quoi qu’elle soit, où qu’elle soit, tout simplement ? (Cas où ils se sentiraient obligé de « sauver » leur père tout en le haïssant pour le mal qu’il leur provoque, avec sa méthode à lui de ne pas mourir ?)

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Patrice, paraît-il, serait autorisé de se poser des question compliquées et idiotes. Le vieux doit mourir. C’est la loi du vivant. Mais nombre de gens s’y opposent. Y compris lui-même, le vieux. Y compris lui même, Patrice, le médecin-chaman. Y compris elle-même, la mère de ce dernier, l’infirmière en chef, dont on disait qu’elle pratiquerait « un certain art ».

L’Immortel ne se laisse pas mourir. Il obéit à sa famille, qui lui crie dans les oreilles, qui le gifle, qui le pince.

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Tout le monde le sait, il faut tuer le père. C'est une obligation ontologique. Si l'on le laissait en vie, on n’était plus un être humain constitué. Il n’y a plus d’espoir pour l’humanité si le père n’est pas tué. _______________ Mais dans quel monde vit-on ? se demande Patrice. Quel père pourrais-je tuer, moi. Mon père m’est inconnu. Le père m’est inconnu. À jamais. _______________ Des spasmes larmoyants me suffoquent. Je suis mélodramatique. Humain. Mélodramatiquement humain. _______________ Mon père c’est ma mère.

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Le rapport de Patrice aux enfants a été longtemps nul. _______________ Je n’y pensais même pas. _______________ Il y a peu de temps, sa psyché fit un saut qualitatif important. _______________ Lorsque je faisais l’amour à Lucie, je sentais une impulsion fertilisante venue de mes entrailles les plus profondes, de mes tréfonds ou même de l’au-delà d'eux. _______________ Patrice voulait faire un enfant à la gamine. Il voulait l’aimer jusqu’à la maîtrise totale. Il voulait la maîtriser, jusqu’à l’amour total. _______________ Je suis, comment dire, nostalgique.

- Honteux et nostalgique et bien.

 

 

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 09:09

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 6

 

Qui a été mon père ? Malin celui qui pourra le dire. _______________ La mère de Patrice garde bien le secret. Elle embrouille les pistes. _______________ Un jour elle s’est risquée en déclarant qu’il s’agirait d’un agent de la RDA ; ou de la Hongrie ; ou peut-être un Lituanien. Un type de l’Est, mort ténébreusement après avoir déposé son obole de sperme dans le vagin de ma mère. _______________ Après m’avoir conçu. Partiellement. _______________ Très. Très partiellement. _______________ C’est maman qui a fait le gros du travail. _______________ Le gros des gros.

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Conformément à toutes les probabilité, Patrice ressent le manque et le besoin de père. _______________ C’est peut-être vrai : j’ai un problème d’âme. Un problème de père.

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Maman va voir l’Immortel d’une manière soutenue. Pour le préparer, peut-être. _______________ Lucie, elle, va le voir pour surprendre le moment du passage naturel. Pour extraire les formes et les couleurs qu’elle seule peut voir... Pour vivre le passage et pour faire exploser les couleurs, peut-être. Et les formes. _______________ Du coup, elles se rencontrent, agissent en bonne entente mais sans se comprendre, dans la même direction. Elles ne sont pas faites pour se comprendre, mais pour s’entendre.

Je me hisse entre et contre elles, concerné par leurs affaires macabres.

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Notes Initiatiques

cueillies dans les feuilles envoyées à Patrice

par le Travesti avant son suicide

Ma génération est la dernière qui ne meura pas dans un monde différent de celui de sa naissance. Notre espérance de vie, pas excessive, est encore humaine. Supportable, je veux dire, pour un humain. Les débats sur la sortie dans l'Espace, sur la bioéthique, sur l’euthanasie, sur l'homme hyper, sont des pauvres balbutiements. La synthèse menant au saut qualitatif n'est pas encore prévisible. Ma génération est tributaire encore de l'ancien monde. Notre ancien monde à nous, toujours vivant en nous, et non pas le fantasme linguistique, enracinée dans la littérature. Vivant en nous avec ses Hitler, Staline et Mao (et plus, car affinités), qui ne laissent pas la place pour les êtres asexués, stellaires, remplis de vides historiques (et par conséquence, remplis d'avenirs indéchiffrables) qui se lancent vers nous.

Ma génération est la dernière qui doute de l'extraterrestrialité de l'humanité terrestre. On naît et on meure encore sur terre. Des terriens, va !

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La mort de l’Ineffable et celle de son fils ont certainement ébranlé le psychique de ma mère. _______________ Malgré sa riche expérience de vie _______________ de mort. Accorder la mort à l’autrui n’est pas donné à tout le monde. _______________ Nous ne parlons de cet art, maman et moi, que par des allusions plus ou moins transparentes, par des périphrases.

Je sais ce qu’elle fait. Elle sait que je sais. C’est un accord létal d’extraction infernale, un accord vital.

Quant à la vieille Ineffable, je sais que ce n’est pas maman qui lui aurait donné le coup de puce (de grâce) nécessaire. Pareil pour le pédé. Ce n’était pas maman.

La chose a été naturelle. _______________ Même trop.

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Notes initiatiques

cueillies dans les feuilles envoyées à Patrice

par le Travesti avant son suicide :

Je rêve d’une science qui soit artistique. La science d’aujourd’hui est trop sèche, trop entourée, percée, consolidée par des chiffres mais pas par les nombres correspondants. Le chiffre est comptable, le nombre est mystique. La science d’aujourd’hui parle exclusivement de chiffres, de choses mortes. Elles bougent, elles se modifient, mais c’est la mort qui les anime. Or, la mort ne satisfait l’intellect et l’âme que temporairement.

Pas mal de scientifiques arrivent à apercevoir, à voir même des Mystères. Certains leur arrachent des « données » scientifiques.

Un Pythagore, par exemple.

D’autres, un Einstein ou un Bohr, par exemple, après avoir effleuré la limite « raisonnable » de leurs rêves-spéculations « scientifisés », laissent croire avoir rencontré Dieu ou, du moins, avoir ressenti, dans la pure tradition voltairienne, la nécessité de L’inventer – s’Il n’existait pas.

(À ce sujet il n’y a qu’une chose à dire. Il suffit de scruter le monde avec sincérité. L’existence de Dieu peut et doit être mise en question. Mais la réponse ne peut être qu’affirmative : Dieu existe car le contraire serait impossible.)

La science d’aujourd’hui, descriptive, n’est qu’une forme de croyance. Une croyance « athée ». Dès qu’on sort de la « description scientifique », vendue comme explication, on se sent perdu. L’artistique prend le dessus – et nous, on n’est pas des artistes !

On vit dans un univers que l’on veut quantifier. Un univers entassé dans des dimensions qui ne lui convient pas trop. Des dimensions qui ne sont pas du domaine de la vie. Des dimensions et des mensurations repoussantes.

L’art arrive à tempérer cette folie scientifique. Il complète la science et il l’achève. Il rend à l’esprit sa noblesse perdue. Peut-être, sa raison d’être.

 

 

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 09:35

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 5

 

Notes Initiatiques

cueillies dans les feuilles envoyées à Patrice

par le Travesti avant son suicide

Lorsque tu as une vraie idée, elle ne reste pas dans ta tête. Elle se mêle aux composants de ton sang, pour pénétrer ton être profond. C’est de cette manière que tu arrives à reconnaître les idées valables, qui ont été pensées. (Ce qui suppose qu’il existe des idées qui n’ont pas été pensées. Vrai ! Comme il est vrai qu’il existe des pensées sans idées.)

En suivant cette voie, l’amour pourrait être intégré dans la catégorie des idées vraies.

L’amour vrai n’est pas une perte de conscience, mais un réveil de l’être.

L’amour fait en sorte que la tête (qui pense) arrive à sentir, et que le corps (qui sent) arrive à penser.

De surcroît, il n’est pas exclu que la mort se trouve dans la même configuration que l’amour.

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Elles me pistent. Je les retrouve beaucoup trop souvent au chevet de l’Immortel. Moi, je vais le voir seul pour qu’il me dise ce qu’il a vu. Qu’il me le dise à moi seul. Pas à la meute de médecins qui ne savent même pas de quoi on parle. Mais je me heurte à elles. Elles sont trop présentes au chevet du vieux. Plus encore. Lucie traîne trop souvent dans la loge de ma mère. Un petit complot ? D’où une question embarrassante : serais-je en train d’être enseveli par une paranoïa galopante ? _______________ Gobé ?

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Certes, quoi de plus commode que de se libérer de sa responsabilité et de se livrer à sa folie ? _______________ Il faut faire confiance à la folie. L’exemple des ermites, à moitié fous _______________ et plus si/car affinités _______________ , peut servir.

Le monde pourtant prend un autre chemin. La communauté humaine ne cesse pas d’accroître. C’est la personne contrariée, la solitude violée qui régit le monde.

Le monde devient de plus en plus un amas de cellules humanoïdes soumises aux lois spécifiques du genre, inhumaines car cellulaires.

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Patrice n’a personne avec qui pouvoir en débattre. Fidèle à une certaine idée concernant la paranoïa « interne » de l’individu, il ne trouvera jamais ses pairs. Il estime ne pas en avoir besoin. _______________ Il est content de sa liaison avec Lucie. La vision vaironne et artistique de ce bourgeon de femme lui offre une autre singularité que la sienne. Une offrande dont il languit. _______________ Une griffe extérieure scratche son âme. Oui, il en possède une, Patrice. Une âme océanique, impropre, amorphe, infinie.

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Néanmoins je ne suis pas content. Je ne comprends pas leur motivation. _______________ Au fait, comprendre me fait peur.

Je n’ai pas peur d'avoir couché avec l’Ineffable, avec maman, avec Lucie. Avec moi-même. _______________ J’ai peur de comprendre l’acte. _______________ Je met en fonction ma fabrique interne de brouillard.

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Patrice ne me croit pas lorsque je ressens ça. Lorsque je vis ça. _______________ Patrice c’est moi, je le sais bien, on le sait bien, nous le savons bien. Ce qui affole et complique indéfiniment et infiniment la chose. _______________ Il ne crois pas que, après avoir couché avec l’Ineffable, je couche aujourd’hui avec maman, avec Lucie et avec moi-même. _______________ Il est peut-être jaloux. _______________ Je suis peut-être fou. _______________ Ma production de brouillard augmente. _______________ Je le fait aussi avec l'Immortel.

 

 

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7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 09:42

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 4

 

Récemment, Patrice vécut une sensation pleine de dimensions.

Ses sens provoquèrent nombre de représentations irréductibles du monde. _______________ Monde créé, donc réduit. Réduit, limité, fermé, enfermé, renfermé, tel qu’on réduit, limite, ferme, enferme, renferme les fous – dont on craint et interdit la liberté.

Dès lors les dimensions fabriquées par les sens de Patrice se frayent une place de plus en plus grande et blessante dans son intérieur. _______________ On y reste, on y renverse, on y ampute, on y redimensionne. Mais aussi on y ballonne, on y immensionne.

Ce sont des épiphénomènes de la folie.

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Évoquer l’émergence d’une bizarrerie. _______________ Mon tremblement à moi ; mon esprit à moi ; ma créature à moi ; mon explosion à moi ; mon ébullition à moi ; mon évaporation vers l’abîme-cime sacrificiel à moi : ma métamorphose dans un poisson aveugle et sourd tué par l’air à moi. _______________ Une bizarrerie engendrée par les toiles et les idéogrammes de la jeune Lucie. Ensuite, par l’accumulation d’une haine tiède et entropique dans l’être du grand-père de celle-ci. Engendrée aussi par la vie révolue de l’Ineffable. _______________ Aussi, par le suicide du Travesti. Et encore, par les relations de Patrice avec sa propre mère. _______________ Une bizarrerie engendrée par l’équilibre que je cherche, moi, Patrice, confronté à la folie (à la vérité ?) du monde.

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- Je ne sais pas comment je vois, lui a dit Lucie. Comment se fait-il que la vue soit possible ? Comment se fait-il que quelqu’un peut voir ? Comment se fait-il que nous voyons ? _______________ Que voyons nous ? L'extérieur ou l'intérieur _______________ des choses ? _______________ Nous apercevons la profondeur de manière différente, a continué elle. La perspective peut être directe ou par paliers. Nous sommes capables de rendre le mouvement relatif ou plutôt apparent. Comme celui des objets fixes qui « se déplacent » lors de notre propre déplacement. Nous mesurons, c’est-à-dire, apprécions la vitesse ! Mais comment est-ce possible ?

Patrice trouve Lucie bien jeune pour de tels propos.

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Chaque existence dispose d’un sens spécifique. D'un sens qui lui va _______________ à elle, uniquement. _______________ Chaque existence découvre son propre sens à son bout ou, si l’on veut, à sa fin _______________ ; sans parvenir à en disposer d’une manière consciente. _______________ Même l’infiniment petit ou l’infiniment grand sont forcés de (se) créer des tentacules (des sens) spécifiques. _______________ C'est ce que l'Immortel sait (ou croit savoir) avec son cerveau actuel, fréquemment déconnecté.

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Il se passe quelque chose avec mère. Elle change. Elle accentue certains traits de sa personnalité en en effaçant d’autres. _______________ On dirait qu’elle change de vision. _______________ Elle a toujours été et mère et infirmière. Je veux dire, le regard qu’elle posait sur le monde (qui me contenaient – son monde, son regard, sa vision) a toujours été non pas concepto- mais senso-compréhensif.

- D’où une certaine étroitesse de sa vue consciente, de son voir conscient.

Autrement dit, elle n’a pas accès à la fausse universalité détenue par des concepts. Elle n’est pas aspirée par le noir brûlant des instincts aveugles non plus. Enfin, je crois ! _______________ En revanche, elle est capable de comprendre chaque cas particulier comme personne d’autre.

- Mère.

 

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27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 08:44

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 2

 

Deux mots sur la mort de l’Ineffable et de son fils. Morts le même jour, tous les deux. _______________ Je l’appelle l’Ineffable. Même si elle portait un nom humain. Très humain. Français. _______________ J’ai un problème avec le nom des gens. _______________ Lorsque Dieu donnait la terre à l’homme, il l’encourageait de prendre possession de tout ce qui existait dans le monde. Et l’homme a commencé par nommer les existences confiées à son intelligence. _______________ Je ne suis pas un vrai sujet de Dieu. J'ai un problème avec les noms. Avec tous les noms. Ceux des existants, des inexistants, des non-vivants, des vivants, des concrets, des virtuels, des possibles et des impossibles, des transcendants, des porteurs de vide... Bref, je suis une pièce défectueuse – ou manquante – de l’engrenage divin.

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Je l’appelais l’Ineffable. Je l’appellerai toujours l’Ineffable. Le fils de l’Ineffable, le Travesti, s’est suicidé. _______________ Le geste paraît simple une fois nommé (toujours et encore mes problèmes avec les noms). Simple, si on voulait sauvegarder son intégrité psychologique et psychiatrique. Qui c'est qui ne voulait ne pas sombrer dans la folie ? Qui c'est qui ne veut ne pas mourir ? _______________ Le geste du Travesti, donc, paraît simple _______________ sans lendemain. _______________ Il s’est emparé de l’inconnu qui s’emparait de lui. _______________ Il s’est inexisté. Basta !

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On dit que je m’appellerais Patrice. C’est vrai. Moi-même, il m’arrive de m’appeler Patrice. Non pas « moi », non pas « je », mais Patrice. Qu’est-ce que ça couvre, qu’est-ce que ça cache ? Qu’est-ce que Patrice couvre et cache ?

L’opération de mon baptême a été passive. On m’a nommé Patrice. On m’a donné ce nom. Mère m’a donné un nom, ce nom. Au nom de Dieu. On m’a fait sortir de l’anonymat biologique, voire pré-biologique _______________ protecteur _______________ précédant ma naissance. On m’a soumis à la loi divine maquillée en loi humaine.

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Le Travesti s’est donné la mort le soir même, juste après le décès de sa mère. _______________ Homo jusqu'aux dents, il n’avait pas tué la femme estropiée qu’il logeait. Qui gambadait en lui. Il l’emporta avec lui.

Sa mère, l’Ineffable, s’était emparée partiellement de ce fardeau par le passé. En acceptant sans réserves le comming out de son fils, elle avait neutralisé un peu les contraintes corrosives des relations homme-femme qui torturaient son rejeton ou, enfin, son Travesti.

Par contre, après le départ de son Ineffable de mère, le Travesti tomba dans un chaudron sans fond. La combustion qui le digéra fut sale, humiliante, désespérante, malsaine. Il s'évanouit sans rien connaître du troupeau d’hétéros. Rien, hormis l'aversion sauvage de cette horde écrasante à l’endroit des non-reproducteurs, les homosexuels.

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La chose fut supportable tant que l’Ineffable était en vie. Grâce à l’amour maternel, notamment, amour comparable, voire assimilable à la miséricorde divine, dirais-je. Mais, une fois la mère disparue (son amour actif et divinoïde avec), le Travesti s’est vu confronté à un noir en cours de glaciation qui ne lui permettait plus rien sinon l’accès vers ses pairs, c’est-à-dire vers les espaces d’autres Travestis, des espaces condamnée biologiquement, des espaces clos et vulnérables, chacun avec son histoire non-commune, chacun avec son univers bizarre, avec sa vision particulière.

Il n’a pas résisté, le Travesti. Il s’est donné la mort.

Il a pris une tonne de barbituriques. Le soir même de la mort de sa génitrice.

Deux jours plus tard, j’ai reçu un recommandé contenant quelques feuilles remplies de confessions, considérations personnelles du pédé, ainsi que de notes écrite par sa mère.

La chose titilla ma vanité. Voire ma bêtise.

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Ils sont morts, aujourd’hui. Tous les deux. l’Ineffable et son Travesti de fils.

Ce dernier s’est suicidé car il ne recevait plus de signaux vitaux venus de l’extérieur, de sa mère. L’extérieur n’avait plus besoin de lui. _______________ C’est ma dernière : si nous vivons à l’intérieur de nous, c’est l’extérieur qui nous fait vivre.

 

 

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18 février 2020 2 18 /02 /février /2020 09:33

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 1

 

La civilisation occidentale rime avec liberté individuelle. Une civilisation-liberté de plus en plus élargie, de plus en plus inutile. _______________ Naturellement absurde.

Individualisme ? Soit ! Mais le solipsisme, alors ? Ou la schizophrénie ! Ou les psychopathies, les sociopathies ! Autant civilisé, individualiste, égolâtre, transgressif, blasphématoire – libre, libre libre ! – que l’on soit, on a peur de la solitude. On a peur de la folie du sans pair, du sans pareil, tout en clamant l’exemplarité du singulier. _______________ Mutants ! crient ceux qui se fient à la biologie. _______________ Fous ! s’esclaffent les admirateurs de la psychologie, de la psychiatrie, de la psychanalyse et d’autres psys encore. _______________ Des impurs ? ! _______________ Pas trop bio-philes, en somme ! _______________ Enfin, l’homme ! interviennent les adeptes de l’humanisme athée, démocratisant, dépersonnalisant et (finalement) auto-annihilant. _______________ Toujours l’homme, c’est à dire, Dieu ! épuisent leur litanie multimillénaire ceux qui croient apercevoir la fonte dépersonnalisante et libératrice dans la démesure divine. _______________ Qui y songent, fantasment, aspirent _______________ espèrent.

On pourrait continuer sans discontinuer à l’intérieur de cet infini où naquit un beau jour Patrice. C’est-à-dire, moi.

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Je suis Patrice. _______________ Patrice c’est moi.

Relation absurde, mais vraie. Relation insoluble. On dirait invivable si le contraire ne serait encore plus réel. Comme preuve, il est en vie, Patrice. Comme preuve, je suis en vie.

Je suis Patrice. _______________ Patrice c’est moi. _______________ Moi, c’est Patrice. _______________ Patrice-Moi.

<>

Patrice, donc, fut mis au monde par une bonne femme ni trop-trop, ni très-très, plutôt lambda-lambda. Une infirmière qui, en tant que personne (féminine), était probablement autarcique (très). Affranchie, libre, elle vivait seule. Elle était seule. _______________ C'est ce que Patrice savait d'elle. _______________ Sans doute, l’homme n’était qu’une annexe inutile de la bite. _______________ Pour elle. Pour le monde. Pour l'univers. _______________ On se demande même comment avait-elle fait pour tomber enceinte (de Moi). Notre cas enrichit et renforce les mystères frontaliers qui gouvernent l’espace entre le Hasard, la Providence et la Nécessité, à l’extérieur de l’être ; le Vouloir et le Pouvoir, à l’intérieur exclusivement.

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Patrice n’a jamais eu accès à la vérité. _______________ Je n’ai jamais eu accès à la vérité. _______________ Nous n'avons jamais eu accès à la vérité.

On ne connaît pas la vérité. On ne sait même pas ce que la vérité et le connaître veulent ou peuvent dire.

<>

On ne sait pas quand la folie s’y est installée. À vrai dire, on ne sait même pas si folie il y avait – ou autre chose.

Patrice se dit que la folie, sorte de vérité ballonnée, était passée par ici. Le diagnostic est saisissant ; et soulageant. Et tant pis pour sa signification glaçante ! C’est un état qui peut être étendue à la mort – à mort. Elle peut soulager, la mort, ceux qui la vivent.

<>

Désignée, la folie se laisse circonscrire. J’estime l’avoir contenue.

Je sais que je partage avec les animaux l’attention spontanée. Depuis un certain temps, j’examine spontanément ma propre mort. _______________ Mort particulière, la mienne est vécue tant que je suis en vie, à l’intérieur de moi.

<>

J’ai eu très, très tôt un premier contact avec la mort. Avant même ma naissance. Dans le ventre maternel. Si ce n’était pas même avant. Avant même le commencement des temps. (On ne garde pas beaucoup de souvenirs de cette situation. C’est ce qu’on dit, du moins. On considère actuellement que, si de tels souvenirs existaient, ils devaient être ensevelis très profondément dans le gouffre de la personne d’après. Parfois, directement dans l’oubli.) _______________ Patrice ne peut se montrer, donc, que très prudent à cet égard. _______________ Une sorte de sens supplémentaire me dit, pourtant, que c’était vrai. La mort, j’y ai touché avant ma localisation dans le ventre maternel. Puis, c’est elle qui mit fin à ma vie intra-uterine, qui mit fin à ma vie intra-uterine pour engager ma vie extérieure vouée elle aussi à la mort.

On est issu de la mort. Tous.

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On ignore avec beaucoup de superbe la mort des cellules qui nous composent, décomposent et recomposent.

 

 

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 08:42

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir – Bobards

 

Des fous de Silicone Valley, passionnés de l’intelligence artificielle, se sont crées des alter-egos « dématérialisés ». L’espèce bio-humaine s’est enrichie substantiellement ; au point de modifier sa propre substance, voire sa nature. De moins en moins bio et de plus en plus autre chose. Le bio-homme dispose désormais d’un logiciel auto-éducationnel dédié à soi-même. Le principe non-vivant dudit logiciel, de plus en plus chargé et lourd, est supporté par le principe d’en face, vivant. À savoir le principe de l’homme qui ne cesse pas d’évoluer, de se dépasser, de sortir de son immanence, de sa nature, pour conquérir toujours et encore plus d’environnement. Au prix de la « dématérialisation » inéluctable du monde, de l’univers. Au prix de l’impérissable qui refuse la mort. Qui arrive même de l’ignorer. Au prix de l’éternité et/ou de la folie.

 

 

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 08:53

 

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 51

 

Dufayer continue à me rendre visite. À la maison, s'il vous plaît, où j'étais envoyé pour mourir.

Je suis toujours son malade. Peut-être même plus encore que jamais. Roquet et assez gogo, comme tous les moutards, il vibre d’une manière spéciale lors de nos rencontres. Toute ses fibres vibrent. Toutes ses cellules.

Pour lui, je ne suis pas, comme pour la plupart des autres, un légume. Il fait en sorte de me voir tout seul. Il avoue qu'il développe des nouveaux organes de réception.

- Je crois me situer à la charnière de deux mondes, qu'il dit. Le monde normal, où vivent ou vivotent la plupart des gens. Et puis un autre, vide encore, que je dois remplir, moi, avec ce que je sens, ressens, pense et même avec ce que je ne sens, ne ressens, ne pense même pas. Peut-être (tenant compte de mon âge tendre par rapport à l’éternité), surtout avec ça, avec ce que je ne sens et ne panse pas, surtout avec toutes ces « futurules », avec ces inexistences qui me sont attribuées en dépit de tout. Ce n’est pas votre cas. La partie inexistante, pour vous, est déjà passée, convertie en existant. Aujourd’hui, vous souffrez même d’un certain trop-plein. Vous vous auto-débordez, vous vous soulagez. Mais au lieu de vomir vers l’extérieur, vous vous déversez à l’intérieur de vous-même, en vous-même. Comme autre fois l’Atlantide dans l’humanité. Vous vous auto-intoxiquez. Mais vous ne mourez quand-même pas. Votre auto-intoxication, n’étant pas mortelle, elle s'avère tout simplement vitale.

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- C’est bête, hein ! Le compromis n’est pas possible, reprend le Dufayet. Re-bête ! Même si vous tombez malade de vous-même ce n’est pas grave. Vous restez toujours en vie. Vous êtes toujours en vie. Vous ne pouvez mourir qu’en changeant de nature. À ce moment-là vous comblez la partie inaccomplie de votre vie. C’est toujours de la vie dont il est question.

- C’est là que votre vie trouve sa raison d’être et son entier : dans sa mort, dans votre mort. Qu’est-ce que vous en dites ? Ou plutôt, ne dites rien. Vous êtes fou !

 

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4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 09:16

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 50

 

L’aile sur-humaine m’emmène de nouveau dans son plumage.

Je me trouve très petit.

Je n’ai pas fait tout ce que j’aurais pu faire dans ce monde. Je veux dire, dans ma vie.

J’ai laissé l’indifférence et la paresse se développer jusqu’au point où elles ont tourné en haine.

Le peu que je suis est entouré par la monstruosité de ce que j’aurais pu être.

Les enfants m’ont fait revenir, avant que je ne franchisse le Seuil, pour que je capte ici, dans la vie terrestre, ma profonde inharmonie.

Ils m’ont fait revenir pour que je constate qu’ils ne sont pas ma prolongation ; que je n’ai pas le droit de me déclarer satisfait du fait que je les ai spermatozoïdés à un moment donné de ma vie, de leur vie !

Ils m’ont fait revenir pour constater que je suis engrené dans un processus d’amère infinition, un processus d’infinir qui suscite une abyssale et terrible envie de correction.

J’aurais besoin qu’une nouvelle vie vienne m’envahir ici, dans le monde. Pour corriger ce que j’ai négligé dans ma vie en voie d’extinction. Une nouvelle vie ! Une vie nouvelle fondue dans ma vie unique !

(Impossible !)

<>

Impossible ? Vraiment impossible ?

L’inspiration me donne des ailes. Le bonheur exceptionnel et exquis que j’extrais de mes rejetons…

Ce n’est pas impossible, c’est pervers !

<>

Je vous dis, camarades, tout est pervers. L'Univers entier et au-delà de ses limites. Les gens atteints par la maladie d’Alzheimer en savent quelque chose. Ils en témoignent comme ils peuvent. Comme ils peuvent, eux, et non pas comme nous pouvons comprendre, nous autres. Nous manquons de ce qu’il conviendrait pour comprendre leur coup, leur souffrance, leur vie.

Camarades, mon cycle « compréhensif » paraissait bouclé. J’avais l’impression de ne plus pouvoir recevoir de nouveautés. C’était comme si je connaissais assez. Autrement dit, c’était fini !

C’était pour ça que je mourais.

<>

Évidemment, je me trompais. Mes enfants, auxquels je suis attaché d’une manière mystérieuse – …divine ? diabolique ? imbécile ? criminelle ?… –, m’ont fait revenir sur terre. Ils m’y ont enchaîné. – …Prométhée sui generis… Mais, passons !… – …Tout ça, pour comprendre. Moi. Eux. – …Mais, comme ils n’y arrivent pas (pour eux, l’ersatz létal gisant en moi ressemble beaucoup à l’incommunicable mal d’Alzheimer…), ils tombent malades.

Ne pas comprendre, c’est une maladie. Une folie.

<>

Je ne meurs pas. C’est ma maladie. Ma folie.

On peut se poser beaucoup de questions sur « le prométhéisme » de la situation. On est l'aigle qui picore les foies de ses enfants.

On a l’impression que son mal possède une certaine qualité. C’est un mal individualisé, personnalisé. Ce n’est pas comme le mal des autres, banal, indifférent et, finalement, incertain.

On veut dire, camarades, que les qualités de mon mal sont telles qu’elles peuvent provoquer une souffrance indolore.

Vous êtes où, camarades ?

Où êtes-vous ?

On ne peut pas vivre la vie d’un autre avec sa vie.

 

 

En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)

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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 09:41

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 49

 

Je suis scellé par tous, enfants, parents, épouse, peuple, classes sociales, croyances, races, règne, Dieu…

Ils ne me laissent pas tranquille.

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Elle me guette, la mère Dufayer. Elle arrive secondée par son fils. Parfois elle est seule. Elle vient aux nouvelles ou que sais-je encore. Il m'arrive de me réveiller avec elle dans ma chambre. Rêve ou pas rêve. Dieu seul le sait. Il fait toujours nuit. Depuis un moment, il fait toujours nuit. Peut-être que dehors, ailleurs ou pour les autres, il fait jour. Pour moi c’est la nuit. Je ne sors plus de cette nuit. Elle ne me quitte plus. C’est une nouvelle physiologie qui se met en place. Il n’y a plus de frontières entre le sommeil et l’état de veille.

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Parfois, je suis terrorisé par Sa présence. Il est là, avec toute Sa puissance nuisible, destructrice. Il distille du noir dans la lumière, et la lumière se débat comme serrée dans des griffes impitoyables, rongée par des douleurs tantôt zigzagantes et surprenantes, électriques, tantôt continues et non-assimilables. Il est ici, Lui. Invisible mais plus que présent. Il attise la curiosité et décrète que le savoir rend libre. Il confirme que pour savoir il faut d’abord ne pas savoir, mais Il ne dit rien de ce que l’on trouve après avoir su, après le savoir. Il cache la lourdeur, la pesanteur du savoir ; notamment par le savoir du savoir, Il donne un aperçu de la fumisterie du savoir. Il dissimule les menottes que représente le savoir qui attache l’homme au Su (parfois, à la Réalité) et jamais à la Totalité, à l’Entier, à l’Unité.

Le savoir rend (ainsi) désespéré.

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Je me retrouve – je me réveille ? – souvent dans l’Espace. J’aperçois la Terre de loin. De Loin. Elle est baignée dans la lumière. Dans la Lumière. La lumière est cosmique. Elle est Cosmique. Elle ne peut pas être autrement qu’Extraterrestre. La lumière terrestre n’est qu’un scintillement, une luminescence, une pré ou une post-lumière ou carrément un ersatz, une illusion, un besoin (ces besoins, alors !) profond et torturant de l’homme. J’ai besoin de lumière, de Lumière, moi, c’est Vrai. Il est tellement fort ce besoin, que je me sens en mesure d’émettre de la lumière, si elle nous n'était plus donnée.

Il fait toujours Noir, il fait toujours Nuit, pourtant, depuis un moment.

La mère Dufayer, avec ou sans son fils, se présente à moi, à la maison, dans ma chambre. Tantôt elle se détache du Noir environnant, tantôt elle s’Y Fond.

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Une nouvelle figure, que j’entrevois de temps en temps : un aide-soignant, je suppose ?

Ils ont engagé quelqu’un pour m’assister quand je pisse, quand je chie, quand je bave, quand je vomis, quand je… ne meurs pas.

Ils prennent soin de moi, mes enfants.

Ils me clouent ici, mes enfants.

C’est quoi mes enfants ? Nous sommes séparés tout autant par la vie et que par la mort.

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Je ne peux pas me retenir. Je suce et ré-suce sans relâche. Peu importe que Magali gicle son sang comme une citerne percée et qu’elle mourra (en quittant ainsi son Coréen de Pompadour et leurs « prolongations » d’enfants recomposés ou vrais à tous les deux).

Peu importe que Jocelyn, avec son manque de sommeil, séchera dans son sur-éveil stérile, comble de son impuissance générale (j’ai nommé ainsi sa vie de fonctionnaire sup, d’homo sans enfants), et qu’il mourra, lui aussi.

Peu importe que Tom moudra sans cesse ses idées débiles danso-incesto-nietzschéennes et qu’il s’égarera ainsi dans un univers interdit aux autres. Un monde autiste où il réduira à l'absurde ses enfants, en leurs interdisant de s’appuyer sur une quelconque philosophie ou de se défendre par le refus de l'idiotie paternelle que seule une douleur pourrait assurer.

Et, enfin, peu importe que Fred, heureux et crétin, parviendra à s’affranchir de son état « bienheureux » pour considérer ses jumeaux (quatre) comme des victimes potentielles et pour sombrer ainsi dans l’horreur.

Peu importe que tout ça peut s’avérer parfaitement faux et que tous les quatre, ainsi que tous les autres, tous, resteront agrippés à ou aplatis sur cette terre, pour consommer (vivre !) les vies que leurs aurait été agrafées en guise de continuation de la mienne et de celle de Jeanne, pendant que je vais mourir, je vais mourir, je vais mourir, et pendant que Jeanne sera toujours et toujours et encore, morte. Ainsi, continuellement.

 

 

En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)

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