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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 11:01

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 48

 

Lucie, adorable, fine et fragile, animée d’une forte envie de croquer la vie. Elle m’a apporté aujourd’hui un carton peint et un rouleau de papier de soie portant quelques signes chinois. Le premier « parle » de la mort. C'est l'image de ce que la petite se fait de moi. Des transparences jaunes et vertes, pâles, qui se cernent et s’assiègent l’une l’autre. Des traces fines de brun, avec un soupçon de bordeaux, et des brillances noires qui donnent un certain contenu (pour ne pas parler de sens) à l’image. Une mort en vie.

Une certaine sagesse, s’empare de la petite, en lui ouvrant des perspectives trans-humaines. À moins que ce ne soit le contraire. À moins que ce soit la petite qui introduit lesdites perspectives dans ce monde. En l'occurrence, ce carton pourrait être l’œuvre d’une possédée. Une possédée douce, apprivoisée, privée sans souffrance du libre-arbitre. D’où cette sérénité que Lucie rayonne en dépit de la démence et du macabre de son carton peint…

Mais rien n’est moins sûr que ce qui vient d’être dit. Je me trouve dans une position où les informations n’ont plus de sens. Les fonctionnalités de jadis ne remplissent plus leur travail. L’être que l'on l'est maintenant, c’est à dire ici, étant ainsi quelque chose de nouveau. Du moins pour soi-même qui, pourtant, garde une certaine auto-continuité ou auto-pérennité.

Enfin !

L’autre, je veux dire, le rouleau de papier de soie que Lucie m’a apporté aujourd’hui, porte huit signes chinois. Cette fois, elle n’est plus possédée, la petite, mais délicate (très). C’est quelque chose liée au Soleil. Le Soleil en tant que Lune de la journée. Enfin, quelque chose de ce genre. La petite n’a pas été capable de me certifier le sens exact de ce qu’elle-même avait calligraphié sous l'emprise d'une « dictée ». Elle soutient pourtant que l’on y trouve pas mal d’amour transcendantal, de l’humour. Ce n’est pas de l’écrit « bête », mais de la calligraphie.

Les yeux vairons de Lucie coupent l'être de la petite en deux. J’aimerais mourir.

 

 

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18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 15:38

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 47

 

Des contenus spéciaux, des sans-formes. On a accompli son devoir d’être qui sait tout seul. De sans-forme. Les sans-forme partagent leur savoir avec moi. Un savoir non-répétitif, unique, enrichissant, exemplaire même si isolé et incomparable, aristocratique, incommunicable. Un hapax.

Lorsqu’ils franchissent le Seuil, ces êtres englobés (enfermés) en des sans-formes, ne sont plus comme ils étaient juste avant. Tout en restant eux-mêmes, pourtant. En sachant toujours ce qu'est le bon savoir. Peut-être le bon, l’unique.

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Il est question d'un savoir rendu douteux. Boiteux, manchot, borgne.

<>

Les contenus de ces sans-formes me font absorber des forces stellaires. Je m’enorgueillis de me découvre et connaître moi-même sinon mieux, du moins autrement que tout-à-l'heure.

« Au fond, me disent les contenus, que savez-vous, vous, les humains, de ce qui se passe dans votre organisme ? »

Ils ont raison ! Qu’en savons-nous ? Mais dans notre être qu'est-ce qu'il bouillonne ? Nous nous imaginons savoir… C’est notre imagination que nous savons. Nous savons/imaginons des choses biologiques, psychologiques, bio-chimiques, mathématiques et transhumanistes ou musiquales. Mais est-ce que ce serait de nous qu’il s’agirait ?

Prenons comme exemple les cellules suicidaires de Dufayer. De sa théorie. À l'intérieur du corps vivant, la mort n'existerait que sous la forme du suicide.

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Dufayer me quitte, l’air malheureux d'un castré

Il mélange impuissance et infécondité. Il souffre d'une certaine stérilité. La mort lui reste inaccessible. Il ose pourtant y réfléchir. La mort ne pourrait exister qu’à l’intérieur de celui qui y pense, de celui qui la pense. La mort pourrait être une erreur de perception, de jugement – ou des deux. En tout cas, la mort n'est que quelque chose de bizarre, de fou.

Ici, le chiot fait une touche. Oui, la mort est une folie présente et indestructible. À moins que ce ne soit nous, les mortels, qui soyons complètement disjonctés. Dans notre vie, dans notre mort.

L’accouplement du fou avec sa folie, quel beau spectacle !

Mais, chut, il ne faut pas trop en parler. Il ne faut pas réveiller la furie destructrice du Divin !

 

 

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15 janvier 2020 3 15 /01 /janvier /2020 09:32

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 46

 

Je n’ai pas eu l’occasion de parcourir le chemin qui mène de l’ordre divin à l’ordre terrestre. Je ne savais même pas qu’un tel chemin pouvait exister. Mais le petit roquet est convaincu que j’aurais parcouru ce chemin à l’occasion de mon va-et-vient. Il est tellement matérialiste, qu’il croit que cela existe, la passerelle entre le divin et le non-divin.

<>

Il me fait du bien, le petit, avec sa stupidité.

Il me faisait du bien. Au passé.

Aujourd’hui, il me rend visite à la maison. Comme jadis à l'hôpital, il tourne toujours autour du pourquoi du mon retour. Pourquoi suis-je revenu ? Aurais-je un mal terrestre à réparer ? Étais-je habité par le besoin d’une souffrance rédemptrice ? Qui avait décidé de mon retour (ou de mon non-départ), moi-même, un autre, une force, un vouloir ?

Des questions qui m’agressent, même si elles restent non prononcées. Je ne peux pas leur faire face. Je me réfugie dans une fausse indifférence, apparentée à la démence sénile.

J’en suis conscient. Sénile et conscient.

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Il est en paix avec lui-même : inconscient de lui-même. Son « soi-même » ne lui fait pas encore peur, il ne lui fait pas encore du mal (en lui indiquant, par exemple, ses dettes envers le monde).

Son agressivité est celle de la prise de conscience, de la curiosité passive, de la connaissance. Il s’intéresse à la mort et à l’antichambre de celle-ci d’une manière très « scientifique ». Il a du punch, de l’énergie, du mordant. Il fera une belle carrière en gérontologie. Le handicap (ou le piège) réside dans l’irréversibilité du phénomène considéré. La science moderne impose l’expérimentation. L’expérimentation suppose des reprises. Mais toutes les expérimentations du monde auxquelles nous avons eu droit jusqu’à présent n’ont pas révélé la nature de la mort. Ni celle de la vie, d'ailleurs. Le lien entre les deux étant non pas justifié mais imposé par quelques apparences. En tout cas, il n'y a pas de reprise (sauf dans des cas comme le mien – et encore !).

 

 

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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 11:18

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 45

 

On m’avertit que le moment de la sortie de l’hôpital approche. Ce n’est pas que je pourrais marcher tout seul. À peine puis-je me mettre sur mon séant. C’est pourtant la solution : mourir chez soi. On n’est plus la même personne selon qu’on meurt chez soi ou ailleurs.

<>

Devant mes yeux, un regard négatif. C’est mon image reflétée par ceux qui m'entourent. Ils ne veulent plus de moi. Ni les miens, ni les médecins, ni les infirmiers, ni les aides soignantes. Que j'aille chez moi. Ou chez le Diable. Au Diable. Ils ne veulent plus de moi ni à l’hôpital, ni dans ce monde. Ils ne veulent plus de mon monde. Ils ne veulent plus de moi, tout court. Leur regard, toujours le même, arrive chez moi comme espacé dans le temps. Interrompu, il est quand même unitaire et seul. Unique.

Je suis seul, face à ce regard. Face à ce Diable. Je suis unique.

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On n’entend pas avec sa langue, son pancréas ou sa rate, on ne voit pas avec ses genoux, ses ongles ou son acné juvénile. Pourquoi on ne goûte pas avec sa rate ou avec ses cheveux, avec ses glandes sudoripares ou que sais-je encore, avec l'organe du vide ?

En soulignant avec une parfaite suffisance mais aussi avec superbe que « c’est la fonction qui crée l’organe », la théorie adaptative, dite évolutionniste, n’est ni vraie ni fausse que partiellement. On agit dans un environnement, dans un système géré par la nécessité. On agit selon la nécessité. C’est à dire, on s’arrête là où la nécessité (baptisée avec une parfaite suffisance mais aussi avec superbe, « fonction »), cesse ; en d’autres termes, on s’arrête au bord de l’amour, là où commence Dieu.

 

 

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13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 07:50

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 44

 

Jeanne !

Une admirable capacité à relativiser les choses. Elle me calmait. Avec elle, la raison rentrait dans ses droits. Devant elle, j’osais dire tout ce qui me traversait la cervelle. Elle m’aimait – en dépit de !

Elle aurait sourit avec ironie et tendre complicité si j’avais dit devant elle : « la rencontre avec son destin ne peut être que très éprouvante ».

...L'actualité malmène le destin. Elle oublie que le destin vient du dehors. Il s'avère étranger à la personne qui le subit, tout en étant, bien évidemment, entièrement particulier, personnel, propre à la personne concernée.

Le destin collectif ? Un non sens, une aberration, certainement.

Celui individuel ? Pareil.

Pour apprécier la vraie nature de cette situation, il faut être vivement atteint par la mort. C’est à partir de ce point seulement, où la résignation rejoint et apaise la bête inquiétude non-animale mais aussi non-humaine, qui anime l’homme, c’est à partir de ce point seulement qu’on peut apercevoir le destin. C’est comme un halo transparent, invisible, ce destin. Il n’est pas nous et d’autant moins à nous. Mais il n’est pas à vous ; à eux non plus.

Le destin paraît être son propre environnement que l’on déplace avec soi. (Ce qui peut expliquer aussi notre entêtement concernant la consistance de l’espace et du temps, en dépit de l’immense contradiction, voire de la géante négation que leur inflige l’infini.)

Ce sont, évidemment, des sous-pensées d’un immortel efficace, tout ça !

<>

La rencontre avec mon destin a lieu en ce moment. Ma rencontre. Mon destin. On ne veut pas de mon départ et on ne me laisse pas partir ? O.K. ! Parfait ! Je vais vivre. Mais pas comme jusqu'ici. Et voilà que je vis autrement. Je ne change pas de destin : c’est lui qui change.

Je vis mon fantôme, mon âme. Voilà ma richesse d’aujourd’hui : mon fantôme. Je vis la chose ineffable qui se trouve au fond de mon âme : le désir en tant qu’amour, en tant que haine.

De surcroît, camarades, le désir se sert de deux ferments pour faire lever la personne : une certaine capacité d’arracher à la réalité une image définie et spécifique, voire unique (présentée pour être représentée à l’intérieur de l’être) et une certaine capacité de vouloir. (Encore que, qu'est-ce que le vouloir ?)

Le désir, camarades, est bifurqué. Toujours.

 

 

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7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 09:23

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 43

 

Maintenant, cette insomnie irrépressible. Insomniaque, comme il l'est, Jocelyn dégage des rayons d’énergie invraisemblable, impossible, corrosive, auto-diminuante, de proie. Ça existe, l'énergie de la proie. La proie c’est lui. Une auto-proie. C’est l’inutilité-même qui a trouvé sa proie. Ainsi, brouté et ruminé, mis en pâte et liquéfié, lorsqu’il devient fluide, c’est à moi de l’absorber, de l’aspirer. C’est mon Jocelyn ! Un hyper-plaisir.

Il dépérit.

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La mère Dufayer m’inquiète. Je ne l’aime pas. Elle a l’air malade et extérieur.

Je la retrouve de plus en plus souvent dans ma chambre. Elle est infirmière en chef, certes, mais ceci n’explique pas cela. J’ai l’impression qu’elle surveille son rejeton à travers moi.

Dufayer le docteur, son fils, troublé par je ne sais pas quoi, commence à devenir, c’est vrai, un meuble dans ma chambre. Sa présence m’est indifférente, en général, parfois pesante. Il cherche quelque chose. Une réponse, je crois. Ou quoi, sinon ?

Je crois ne pas être le seul à subir les assauts inquiets du roquet. Il se demande ce qu’est la mort. Il s’adresse – à raison, croit-il – à ceux qui reviennent de là. En l’occurrence, à moi. Mais moi, je n’en sais rien, moi. Je ne sais rien de plus, moi. Ce serait un miracle que quelqu’un d’autre le sache – ici et pour ici.

Il se demande ce qu’est la mort, je disais. Faux ! Il me demande ce qu’est la mort. Comme si je n’avais pas assez de problèmes.

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Je suis très efficace en tant qu’immortel. Aussi, dans mon lit de handicapé immortel, je vis avec intensité l’opposition que je fais aux âmes de mes héritiers. Même plus, à leurs tripes. J’avance et je recule, j’avance et je recule… Et je comprends que les expériences intérieures vécues par chacun des nous dans son coin de l'univers, créent une sorte de flux-reflux interne. C’est la vie intérieure. Elle est présente partout. Individuellement. Personnellement.

Puis, en dépassant l’individualité et la personnalité, elle s’avère valable aussi au niveau familial. La famille connaît un flux et un reflux d’expériences qui ne peuvent être qu’intérieurs à la famille. C’est la manière, et, peut-être, la raison d’être de la famille. Ce qui ne répond quand même pas à la question toujours récurrente : par rapport à l'individu, par rapport à la personne, qu’est-ce que la famille ?

En tout cas, si nous étions tous des mutants, comme on ne se prive pas de le dire, je n’aimerais pas me retrouver en eux. Je parle de ces quatre progénitures à moi. J’aimerais me retrouver dans ma propre mutation. Je veux une mutation pour moi seul, une mutation à moi. Je veux être mon propre mutant.

Et pourquoi je parle de ça ? – Par flux et reflux, voyons !

 

 

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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 08:23

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 42

 

Les yeux vairons de la petite me donnent des idées. Elle me regarde, dirait-on. Pourtant, ce n’est pas moi qu’elle regarde, mais moi telle qu’elle est – elle. Ou, enfin, tel qu’elle devient en me regardant – elle. Elle est en cours de construction, tout en étant toujours préformée, prédite, « annonciée ». Le regard de ses yeux de deux couleurs est féroce mais pas déplaisant, pas méchant. Il me confère une place dans ce monde où je me sens dépaysé.

J’hallucine.

Le sens de l’équilibre est outré et je me retrouve dans la même situation que la petite (et tous les autres), à savoir que le monde ne se montre pas à nous tel qu’il est, mais tel que nous sommes.

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La petite quitte ma réserve d'hôpital après avoir été gentille encore une fois avec moi. Je serais enclin à croire que cela serait possible : qu’un être jeune et frêle puisse avoir de la compassion (porte ouverte pour la compréhension) à l'endroit d'un être moribond ; déjà mort, même si ressuscité.

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On me fait savoir que Jocelyn est devenu insomniaque. Il ne parvient plus, même en prenant des somnifères, à faire son plein d’inconscience, le plein de son inconscience. Il ne renonce pas, pour autant, à sa posture de personnage important, sur les épaules de qui… Et patati et patata.

Il brûlera d’une manière pas très saine, mon Jocelyn. Et, mes très chers, cela me fait plaisir. C’est un plaisir pas du tout vulgaire. Un peu ordurier, je vous l'accorde. D’autant plus délicieux. En tout cas, pervers et fin. Son mignon, bourgeois et vivace, le suit du regard avec inquiétude. Ils voudraient adopter un enfant. (Un garçon. Naturellement. Les filles, pouah !) Ils ont peur, tous les deux, mon Jocelyn et l’autre. Certes, ils lorgnent avec méfiance l’exemple qui se présente à eux, dans leur famille (sic !), ce brave Coréen adopté et adoptant. De même, ils lorgnent, avec un certain mépris et une nette horreur, mais aussi avec une espérance douloureuse, Magali, l’épouse de l’adopté adoptant, adoptante elle-même. Trop d’adoption tue l’adoption. Ils n’auront pas le courage d’adopter, le haut fonctionnaire et son mignon, mon Jocelyn et son doudou.

Et l’hérédité, dans tout ça ? Du goudron ?

 

 

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30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 09:49

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 41

 

La vie ne veut pas me lâcher. Elle me harcèle. Je ne glisse plus vers la sortie, mais vers un infini de volutes soûlantes. La vie ne peut pas me lâcher. Être l'esclave de sa propre vie ! Le suicide n'est pas une affaire. À ne pas comprendre.

Mes enfants distillent et ré-distillent les poisons que je leur inocule (qu'ils soient présents ou pas). Ils se doivent de les métaboliser. Notamment, celui que je leur infuse afin de les rendre absorbables.

Pour pouvoir les métaboliser, je les empoisonne. Mes effluves modifient leurs sucs internes. Eux, ils confèrent à ce bouillon de folie pré-létale de la valeur, de la force. C’est le modèle développé et perfectionné, hissé à la hauteur du développement et du perfectionnement post-humain, pré-létal de la sangsue ou du vampire. J’agis en profondeur, moi, et je ne me contente pas de me nourrir et de ne pas mourir : je me régale, je m'en empiffre et je me soûle ; je change petit à petit d’immanence, sous l’effet de cette absorption exquise.

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Eux, il sont tellement jeunes encore. Ils vivent sans se soucier de leur propre mort. Et moi, moi je suce ces sucs, les leurs ou la mort est en vie. C’est moi qui les éreinte. C’est moi ! Ou, si l’on veut, c’est moi qui est le Je Suis.

Il y a matière à poème dans ce qui m’arrive. Cette enivrante succion qui m’oblige à de délicieux exercices (je ne me croyais pas capable de tels raffinements, de telles douceurs, de telles cruautés) et qui m’inocule des forces génératrices de perversion, d’un luxe qui ne me satisfait guère, mais que je convoitât depuis toujours.

 

 

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29 décembre 2019 7 29 /12 /décembre /2019 10:02

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 40

 

Dieu.

Pourraient-ils devenir Dieu ?... Dieu ?...

Et moi ?

...Tom, le bienheureux à la baguette matinale, croustillante et tartinée. Assis dans le fauteuil placé sous la fenêtre entrouverte. – Mois de mai. – Printemps. – Nous gardons le silence.

- C’est bizarre, dit-il soudainement. Nous n’avons jamais dansé ensemble.

J’ai décelé dans le regard qui arrive jusque chez moi, dans ce regard qui m'arrive, une lueur malicieuse un peu haineuse. (Mon look devait être celui d’un crétin.)

La malice, d’abord :

- Toi, reprit-il, toi t’as dansé avec Magali, uniquement. Et avec maman, bien sûr. Mais pas avec nous, les garçons. C’est maman qui a dansé avec nous, les garçons. Et du coup, elle n’a pas dansé avec Magali. Naturellement, non ?

Puis, la haine :

- Les singes montrent à leurs petits comment s’accoupler. Ceux-ci ne peuvent pas s’imaginer la baise. Ils peuvent la copier. L’imiter. Pour les singes, la baise est d’abord spirituelle. Sans esprit, elle n’existe même pas. La transmission héréditaire est dépendante de l’esprit. L’hérédité devient spirituelle ; elle devient esprit. Et vice versa. L’esprit n’est qu’hérédité. Hérédité pure. Pure et dure. (Pause) C’était du rock. Personne ne danse plus aujourd’hui le rock. Et encore moins le tango, le fox-trot et le slow, le charleston, la valse, le cha-cha-cha et autres mambos. L’hérédité s’avère inexacte et peut-être même inutile, n’est pas ? En tout cas, elle peut s’avérer inutile. N’empêche. Moi, en imitant à mon tour, aujourd’hui, ce qu’on m’a fait faire hier, je transmets à mes rejetons de ces mambos, tangos et rock, mais aussi d’autres, tout aussi caduques, vétustes et inutiles. Ça relève de la supériorité de l’histoire en vie. Nostalgie, déprime, ennoblissement, charme.

Fatigué, au bord d’un nouveau voyage au bout du rien, je ferme les yeux. Je l'entend parler avec une voix lointaine et – je dirais – avec beaucoup de tendresse.

- T’es nul, toi, en rock, finit-il. Pas comme maman. D’où la nullité initiale de Magali. C’est en dansant avec nous, après, qu’elle s’y est mise, elle aussi… C’était de l’inceste dansant, n’est-ce pas ? Et spirituel, tans qu’on y était ! N’est-ce pas ? Spirituel !

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Lorsque je suis revenu, Tom était parti. À sa place se trouvait Magali. Elle ressemble terriblement à ma mère.

(Justement. On parlait hérédité. Sans savoir de quoi on parlait. Si l'hérédité pouvait être parlée.)

Elle fait l’impasse sur une génération, sur sa propre mère, sur Jeanne ; sur moi aussi. Elle s’est agrippée à sa grand-mère, à ma mère. Elle la continue. Comme si elle était la fille de maman et, donc, ma sœur.

C’est de l’hérédité à l’obstacle, au saut.

Je me demandai comment se passeront les choses avec elle, lorsqu’elle rendra son âme, à son tour. Qui, pour la continuer ?

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Maman, elle, a cessé pratiquement de manger. Comme Jeanne d’ailleurs. Elles étaient de plus en plus affaiblies et de plus en plus légères…

Maman… Jeanne… Moi, je suis tellurique, moi. Je cherche insatiablement, en bouffant comme un dératé, la lourdeur, la pesanteur, le centre de la terre. Maman, au contraire, avait l’air de vouloir être la plus éthérée possible. Astrale… Elle mettait le cap sur la Lune, maman… Ou, sur le Soleil… Ou sur les deux… ?… Elle voulait… s’étoiler… Mourir…

Elle me manque terriblement !

Papa aussi.

Jeanne !

 

 

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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 16:26

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Mourir 39

 

Il nous faut un organe spécial pour détecter l’amour. Aussi pour capter Dieu. Pour les détecter et capter ou, à défaut, pour les créer.

C’est peu dire que j’aime mes enfants, avec la ribambelle de leurs enfants et de leurs belles-familles.

Je les aime tout en les haïssant. Ils font partie de moi ; aimés et haïs.

Je les aime dans leur ensemble. Un par un ce serait trop difficile. Surtout dans mon état. Pourraient-il devenir...

 

 

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